Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

Document Actions

Fête du Saint Sacrement - P. Pichon

On entend souvent à l’heure actuelle cette réflexion : « Je suis croyant mais pas pratiquant ! »
Qu’est-ce qu’un croyant pratiquant ? C’est bien la question qu’on peut se poser après avoir entendu la première lecture de ce dimanche et notamment ces deux phrases prononcées par le Peuple de Dieu : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique ! » et un peu plus loin : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique ! »
Mettre en pratique, pratiquer, être un pratiquant, c’est d’après les textes d’aujourd’hui au moins quatre choses : pratiquer la liturgie et notamment l’eucharistie ; pratiquer une morale, aujourd’hui on dit plutôt : ‘une éthique’ ; pratiquer une spiritualité ..........

Retrouver le texte de l'homélie ICI


 Homélie du dimanche 3 juin 2018

Ex 24, 3-8
Mc 14, 12-16 ; 22-26
 
 
            On entend souvent à l’heure actuelle cette réflexion : « Je suis croyant mais pas pratiquant ! »
            Qu’est-ce qu’un croyant pratiquant ? C’est bien la question qu’on peut se poser après avoir entendu la première lecture de ce dimanche et notamment ces deux phrases prononcées par le Peuple de Dieu : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique ! » et un peu plus loin : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique ! »
            Mettre en pratique, pratiquer, être un pratiquant, c’est d’après les textes d’aujourd’hui au moins quatre choses : pratiquer la liturgie et notamment l’eucharistie ; pratiquer une morale, aujourd’hui on dit plutôt : ‘une éthique’ ; pratiquer une spiritualité ; et pratiquer la communauté ! Soyons des pratiquants modernes !
 
1.       Être pratiquant, c’est pratiquer la liturgie de l’Église, être fidèle à toutes les liturgies et notamment à la messe. Dans la première lecture Moïse célèbre une liturgie solennelle avec tout le peuple, une liturgie d’alliance avec dieu, avec toute une mise en scène : il proclame les paroles de Dieu, les écrit, les fixe par écrit ; il bâtit un autel au pied de la montagne, il dresse douze pierres pour les douze tribus d’Israël ; il demande à quelques jeunes garçons d’offrir des holocaustes et d’immoler au Seigneur des taureaux, en sacrifice de paix. Il prend la moitié du sang pour en asperger l’autel et l’autre moitié pour en asperger le peuple. Il lit solennellement le livre de l’Alliance. Et quand le peuple s’engage à mettre en pratique la parole de Dieu, Moïse scelle l’Alliance en Dieu et le peuple par ces mots : « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous… » La liturgie de Moïse est spectaculaire sur la forme et engageante sur le fond : c’est la célébration de l’Alliance entre Dieu et son Peuple : le Peuple s’engage à mettre en pratique ce que Dieu lui demande de faire et de vivre, et Dieu s’engage à aider son Peuple à être fidèle à sa promesse.
Dans l’Évangile, c’est Jésus qui célèbre une liturgie, la liturgie de ce qui va devenir l’eucharistie, la messe. Mais là, il n’y a rien de solennel, pas de mise en scène : la liturgie est un repas. Rien d’extraordinaire sur la forme, c’est la simplicité totale, extrême même, mais sur le fond c’est plus qu’extraordinaire : « C’est mon corps… c’est mon sang… Je vous donne tout, toute ma vie, tout ce que je suis… pour que vous donniez vous aussi votre vie à Dieu et aux autres. » Voilà ce que Jésus dit, à la première des messes, redit à chaque eucharistie. Voilà pourquoi il faut pratiquer, être un chrétien pratiquant, être un chrétien qui va à la messe : pour nous engager, nous réengager sans cesse à nous donner, à tout donner à Dieu et aux autres au lieu de vivre une vie égocentrique et égoïste repliée sur nous, nos petits intérêts, nos petits plaisirs. Il faut pratiquer pour redire sans cesse avec Jésus qui se donne à nous : « c’est mon corps… c’est mon sang… Avec Jésus qui se donne à moi, je me donne à vous… » Pratiquer la messe, c’est se donner avec Jésus, recevoir le don de Jésus qui nous permet de nous donner nous-mêmes toujours plus ! La pratique religieuse, la pratique liturgique, ce n’est pas un acte de piété, de réciter des prières ou accomplir des rites, c’est se donner avec Jésus et par lui, se donner toujours plus ! Nos messes, nos liturgies peuvent être solennelles avec de la mise en scène comme celle de Moïse ou être toutes simples comme le dernier repas pascal de Jésus, elles peuvent être célébrées dans de somptueuses cathédrales ou en plein air dans la nature, l’essentiel c’est qu’elles soient bien un don de Dieu et un don de nous-mêmes, une Alliance entre Dieu et nous pour que nos vies soient de plus en plus données comme celle de Jésus !
 
2.       « Tout ce que le Seigneur a dit ; nous le mettrons en pratique ». Le Peuple de Dieu, s’engage à être un peuple pratiquant, un peuple qui se comportera selon la loi de Dieu, et notamment selon les dix commandements. Être un croyant pratiquant, être un chrétien pratiquant, ce n’est pas donc pas seulement aller à la messe mais se comporter dans la vie selon la Loi de Dieu et selon la loi du Christ, selon les dix commandements et surtout selon le grand commandement de Jésus : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Se comporter selon la Loi de Dieu et selon la Loi du Christ, c’est suivre la morale chrétienne, c’est vivre une vie chrétienne conforme à la morale chrétienne, à l’ensemble des normes, des règles, des principes de vie, des valeurs qui caractérisent la morale chrétienne. Aujourd’hui plutôt que de parler de morale, on aime mieux parler d’éthique mais c’est la même chose car le mot ‘éthos’ en grec veut dire comportement. Être un chrétien pratiquant, c’est donc avoir une éthique chrétienne et ce n’est pas facile car plein de choses nouvelles dans le monde moderne nous obligent à un comportement nouveau devant lequel la morale chrétienne traditionnelle n’a pas de réponses.  Être un pratiquant moderne, c’est se donner une éthique personnelle en réfléchissant avec les autres croyants comme avec ceux qui ne croient pas, en réfléchissant avec tous ceux qui parlent à l’heure actuelle de bioéthique, d’éthique professionnelle, d’éthique sportive, d’éthique médiatique, d’éthique des réseaux sociaux, etc… Le progrès scientifique et technique nous a donné plein de moyens et de possibilités qu’on n’avait pas autrefois mais ne nous dit pas où est le bien. À nous de le chercher avec les autres et de définir notre éthique personnelle pour la mettre en pratique !
3.       Être un chrétien pratiquant c’est donc suivre notre éthique personnelle pour faire le bien mais faire le bien ne suffit pas pour pratiquer l’Évangile, il faut faire le mieux en cherchant à imiter le Christ dans toute notre vie : pour cela il faut se donner une spiritualité, chercher à être le corps du Christ, un visage du Christ dans toute notre vie. Toutes les grandes spiritualités de la tradition chrétienne ont incarné, montré et montrent encore un visage du Christ : les Franciscains et les Capucins veulent être le visage du Christ pauvre et simple, les Salésiens le visage du Christ doux et humble de cœur pratiquant ce que St François de Sales appelait la douce charité ; les Dominicains veulent être le visage du Christ prédicateur, prêchant la Parole de Dieu à temps et à contre temps ; les Chartreux, les Trappistes, les Bénédictins et tous les ordres contemplatifs veulent être le visage du Christ priant, se retirant régulièrement dans des endroits déserts pour prier seul à seul avec son Père tandis que les disciples de Saint Vincent de Paul veulent être le visage du Christ Bon Samaritain des hommes prenant soin des malades et de tous les blessés de la vie. Les Carmélites cherchent à être le visage de Jésus Enfant à la suite de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus tandis que les disciples de Charles de Foucauld cherchent à être le visage de Jésus de Nazareth le charpentier vivant une vie cachée d’homme parmi les hommes. Tous les prêtres cherchent à être le visage du Christ Bon Pasteur donnant sa vie pour son troupeau, son Peuple et tous les missionnaires cherchent à être le visage du Christ envoyant ses disciples annoncer la Bonne Nouvelle à toutes les nations.
Être un pratiquant moderne, c’est pouvoir dire nous-mêmes : « Voilà la Spiritualité que j’essaie de vivre, le visage du Christ que j’essaie d’être vu ma sensibilité, mes affinités spirituelles et mes possibilités humaines. »
Nous avons chanté au début de la messe : « nous sommes le Corps du Christ, chacun de nous est un membre de ce corps… » Pratiquer une spiritualité c’est exactement ça : être un membre du corps du Christ, le rendre visible, en étant un de ses visages.
4.       Pratiquer la liturgie, pratiquer une éthique personnelle et une spiritualité personnelle, enfin, pour être un vrai chrétien pratiquant, il faut pratiquer la communauté. Dire : « Je suis croyant mais pas pratiquant, j’ai ma foi à moi mais ça ne regarde que moi, je n’ai pas besoin des autres pour la vivre », c’est peut-être être croyant mais ce n’est pas être chrétien. Être chrétien c’est faire partie activement d’un Peuple, le Peuple de Moïse, le Peuple de l’Alliance, le Peuple de Jésus qui à chaque eucharistie renouvelle l’Alliance entre Dieu et les hommes. Or le Peuple de Dieu aujourd’hui se réduit à des communautés qui vieillissent et s’amenuisent. Être un chrétien pratiquant moderne, c’es refuser de se résigner à ce constat. C’est dire : « reconstruisons de vraies communautés chrétiennes vivantes en organisant des temps communautaires inter-générations comme beaucoup de Paroisses le font actuellement en proposant des repas partagés après la messe du dimanche comme nous aujourd’hui ou en proposant des journées fraternelles comme on l’a fait ici le lundi de Pentecôte, autour des enfants de la communion en vivant ensemble une marche méditative, des temps de réflexions, le pique-nique, la messe, l’amitié, la détente… Plus nous partageons des temps communautaires, plus nous reconstruisons de vraies communautés chrétiennes et c’est cela pratiquer la communauté aujourd’hui ! »
 
Alors oui prenons les moyens d’être des pratiquants modernes : n’allons pas à la messe par devoir ou par habitude mais pour nous donner toujours plus à Dieu et aux autres ; comportons-nous dans la vie en suivant une éthique qui nous conduit vers le bien et une spiritualité qui nous conduit vers le Christ et nous identifie à lui. Et pour bien vivre tout cela, reconstruisons des vraies communautés chrétiennes qui nous portent et nous stimulent et qui nous permettent d’être ensemble aujourd’hui le Corps du Christ, sa visibilité et sa présence vivante dans le monde moderne !
Amen
Père René Pichon