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Fête du Christ Roi - P. Pichon

Lorsque nous avons partagé sur cet Évangile mardi soir avec une bonne équipe de Paroissiens, notre première réaction a été de dire : ce texte est très dur et même culpabilisant ! Qui de nous peut arriver à nourrir tous ceux qui ont faim, à accueillir tous les étrangers, à visiter tous les malades, à soulager toutes les souffrances et toutes les misères du monde ? Faut-il faire tout cela pour être sauvés, on n’y arrivera jamais ! Tous nous nous sentons coupables de ne pas en faire assez et nous avons mauvaise conscience.
Et puis en creusant cet Évangile, nous avons été soulagés : Jésus ne veut pas nous enfoncer par ses exigences, il veut au contraire nous alléger en nous donnant un merveilleux message de foi ............

 Retrouver le texte de l'homélie ICI

 Homélie du dimanche 26 novembre 2017
Fête du Christ-Roi
Mt 25, 31-46
 
 
            Lorsque nous avons partagé sur cet Évangile mardi soir avec une bonne équipe de Paroissiens, notre première réaction a été de dire : ce texte est très dur et même culpabilisant ! Qui de nous peut arriver à nourrir tous ceux qui ont faim, à accueillir tous les étrangers, à visiter tous les malades, à soulager toutes les souffrances et toutes les misères du monde ? Faut-il faire tout cela pour être sauvés, on n’y arrivera jamais ! Tous nous nous sentons coupables de ne pas en faire assez et nous avons mauvaise conscience.
            Et puis en creusant cet Évangile, nous avons été soulagés : Jésus ne veut pas nous enfoncer par ses exigences, il veut au contraire nous alléger en nous donnant un merveilleux message de foi, d’espérance et de charité.
 
o   Jésus nous donne aujourd’hui d’abord un beau message de foi : la foi chrétienne, ce n’est pas de croire en un Dieu roi tout-puissant, dominateur du monde qui règne dans les cieux et regarde les hommes du haut des cieux. Dans toutes les religions du monde c’est souvent ce Dieu-là, ce roi divin qu’on adore et qu’on craint. Eh bien notre Dieu, le Dieu de Jésus, c’est tout le contraire : c’est le Dieu qui descend du ciel, qui non seulement s’est fait homme parmi les hommes il y a deux mille ans mais qui continue de se faire homme en s’identifiant à tous les hommes et notamment aux plus pauvres, aux plus petits, au point de nous dire aujourd’hui : « J’ai faim, j’ai soif, je suis un étranger, je suis nu, je suis malade, je suis en prison, viens vers moi !... » Voilà la beauté de la foi chrétienne : Jésus nous dit à chaque messe : « Je suis là dans le pain consacré de l’eucharistie, c’est mon corps, c’est moi » et il nous dit à chaque instant de notre vie : « je suis là dans le plus petit de mes frères c'est-à-dire dans tous ceux qui à côté de toi ont besoin de toi » ! C’est çà qui est merveilleux : nous croyons en un Dieu qui au lieu de nous dominer par sa Puissance, comme le Roi du Ciel, s’identifie au plus petit de nos frères pour nous dire : « J’ai besoin de toi pour me nourrir, me désaltérer, m’accueillir, me vêtir, me soigner, me visiter… » Le Dieu de Jésus Christ c’est donc ce Dieu qui nous dit ces deux merveilles : « Je suis là près de toi et j’ai besoin de toi. »
 
o   Jésus nous donne aussi aujourd’hui un beau message d’espérance : En effet à la fin des temps, dans le Royaume Éternel, il n’y aura pas seulement le Peuple de Dieu, Israël, l’Église, mais tous les peuples : « Toutes les nations seront rassemblées ! »Le Royaume Éternel de Dieu est donc promis à tout le monde et pas seulement à quelques élus !
Et puis pour entrer dans le Royaume ce n’est pas la foi qui est demandée mais l’amour concret des autres, le service des autres, des plus petits, c’est donc pour nous, comme me l’ont dit les paroissiens mardi, une belle espérance. Souvent nous nous plaignons que la foi se perd même dans nos familles ; au lieu de nous plaindre, regardons comment ceux qui semblent avoir perdu la foi sont capables de générosité, de bienveillance, de charité, de don d’eux-mêmes aux autres. C’est cet amour concret des autres qui les sauvera demain et qui les rend proches de Dieu aujourd’hui même s’ils ne le reconnaissent pas. Voilà notre belle espérance : les gens sont plus proches de Dieu qu’ils ne le croient ou ne le disent.
Enfin ce qui nous donne de l’espérance c’est qu’il n’y aura pas beaucoup d’hommes séparés de Dieu pour toujours puisque le Fils de l’homme séparera à la fin des temps les hommes les uns des autres comme le berger sépare les brebis des boucs, « il placera les brebis à sa droite pour le bonheur éternel et les boucs à sa gauche pour le châtiment éternel », mais comme l’a fait remarquer quelqu’un mardi soir, dans un troupeau il n’y a que très peu de boucs, donc il n’y aura éternellement que très peu d’hommes séparés de Dieu, coupés de Dieu pour toujours.
Voilà notre belle espérance : le Royaume éternel est promis à tout le monde, à toutes les nations, à tous ceux qui ont de l’amour dans le cœur même s’ils n’ont pas explicitement la foi et ceux qui seront coupés de Dieu seront très peu nombreux.
 
o   Message de foi et d’espérance, l’Évangile de ce dimanche est évidemment un beau message de charité : mais qu’est-ce que la charité ?
Ce n’est pas la simple solidarité ou la simple générosité humaine. On parle beaucoup aujourd’hui de solidarité, de générosité, de dévouement humanitaire, la charité va beaucoup plus loin car elle ne consiste pas seulement à aider mais à aimer. On peut aider un pauvre qui a faim, un petit qui a besoin d’un service, mais on peut aider sans aimer, et la charité c’est aider avec amour, c’est aider en aimant vraiment celui qu’on aide, et en n’aimant pas seulement d’un amour naturel. Naturellement on aime certaines personnes qui nous attirent, avec qui on a spontanément des affinités. La charité va beaucoup plus loin que l’amour naturel parce qu’elle nous pousse à aimer même ceux pour qui on n’a pas d’affinités, même ceux qui à priori ne sont pas aimables.
La charité, c’est aimer parce que le Christ nous le demande, pour répondre à son appel et non à nos penchants naturels ; c’est aimer avec l’amour du Christ, avec l’amour qu’on puise dans le Christ et pas seulement dans notre cœur qui a du mal à aimer tout le monde, c’est donc aimer d’un « amour habité », et pas seulement d’un amour naturel. J’aime beaucoup cette expression : la charité, c’est « l’amour habité » ou cette autre expression d’un participant de mardi dernier : « La charité, c’est l’amour animé par la prière intérieure ». Amour qui répond à l’appel du Christ, amour habité par le Christ, la charité c’est enfin l’amour qui voit le Christ dans ceux qu’il aime, ce qui lui donne une tout autre dimension : une dimension infinie ! Un exemple pour expliquer cela : quand on regarde un paysage magnifique, on est dans l’émerveillement : « comme c’est beau ». Mais si on voit dans ce paysage la Présence de Dieu, si on voit en même temps que ce paysage celui qui l’a créé, notre regard devient un regard de foi, notre émerveillement prend alors une tout autre dimension, il devient émerveillement devant l’Infini. Le paysage reste le même et en même temps il est le signe, le visage de l’Infini. C’est pareil pour la charité qui aime nos frères avec un regard de foi :  on aime les autres pour eux-mêmes et en même temps ils deviennent le visage de l’Infini, le visage du Christ Vivant : « Tout ce que vous ferez au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous le ferez ! »
 
o   Concrètement aimer le Christ qui a faim, qui a soif, qui est un étranger, qui est malade, etc… C’est essayer d’assouvir toutes les faims d’aujourd’hui  et il n’y a pas seulement des faims et soifs matérielles qui sont toujours d’une grande actualité dans notre société comme nous le rappelle la quête pour la Banque Alimentaire ce week-end. Il y a aussi aujourd’hui de plus en plus de faims et soifs spirituelles : faims et soif de sens, de raisons de vivre, de valeurs, de relation, de culture, de savoir, d’espérance, d’écoute, de disponibilité, de reconnaissance, de considération, etc…
Aimer le Christ qui est un étranger, c’est nous intéresser à tous ceux qui ne sont pas comme nous, qui vivent différemment, qui parlent différemment, qui nous dérangent, qui viennent d’ailleurs, d’un autre pays, qui font partie d’une autre communauté. Et c’est essayer de les accueillir, c'est-à-dire de les intégrer à notre communauté tout en veillant à ce qu’ils restent eux-mêmes pour nous enrichir de ce qu’ils sont, ce qui n’est pas du tout évident bien souvent !
Aimer le Christ malade, c’est visiter les malades en étant à leur écoute, en étant présents à eux discrètement, aimablement, délicatement sans nous imposer, sans nous incruster, sans parler de nous mais d’eux ou en étant une simple présence fraternelle, silencieuse quand aucune communication n’est plus possible.
Aimer le Christ en prison, c’est aimer sans juger, sans condamner, tous ceux que la société juge et condamne parfois avec raison, mais qui sont beaucoup plus que leurs actes répréhensibles, qui restent malgré tout des enfants de Dieu à regarder et à aimer ainsi.
Aimer le Christ dans tous nos frères c’est l’aimer dans ceux qui sont seuls et souffrent de solitude, dans ceux qui sont à la rue, sans toit ni logement décent, c’est l’aimer dans ceux qui sont en deuil… on peut allonger à l’infini la liste de toutes les misères humaines dont souffrent les plus petits des hommes. Mais aimer le Christ dans tous nos frères c’est aussi l’aimer dans les Grands de ce monde, les Puissants, les Gouvernants, les Riches, les Rois de la réussite humaine sous toutes ses formes car tous ont quelques part des failles, des faiblesses, tous sont petits par un biais ou un autre, tous ont besoin d’aide sur un plan ou sur un autre. Et surtout tous ont besoin de voir et de comprendre que la plus grande grandeur c’est l’humble service des autres. Alors aimer le Christ dans les Grands de ce monde c’est les appeler, les inviter à se faire serviteurs de leurs frères. Le sommet de la charité, c’est donc celle du Christ qui s’est fait serviteur des  hommes jusqu’à donner sa vie pour eux et qui par son amour nous fait tous serviteurs les uns des autres. Amen !
Père René PICHON