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Dimanche de l'Ascension et 7ème Dimanche de Pâques - P. Pichon

« Vous serez mes témoins » : c’est la dernière parole de Jésus sur la terre, c’est en quelque sorte son testament avant de s’élever dans le ciel le jour de l’Ascension. Comment donc être nous aujourd’hui les témoins de Jésus Ressuscité et monté au ciel ?

► Un témoin dans la société, c’est quelqu’un qui a vu quelque chose, par exemple un accident, et qui dit, qui raconte ce qu’il a vu en essayant d’être le plus précis possible et en essayant d’être objectif, de ne pas interpréter ce qu’il a vu mais de le retracer exactement, d’être fidèle à la vérité des faits.
► Un témoin dans l’Évangile, c’est bien autre chose : c’est quelqu’un qui dit ce qu’il a vu, par exemple les actions de Jésus ou justement son ascension comme nous le raconte Luc dans les Actes des Apôtres que nous venons d’entendre. Mais surtout le témoin dans l’Évangile dit comment ce qu’il a vu ...........

Retrouver le texte de l'homélie ICI

Homélie de la fête de l’Ascension et du 7e dimanche de Pâques
Ac 1, 1-11
Ep 4, 1-13
Mc 16, 15-20
Jn 17, 11b-19
 
 
            « Vous serez mes témoins » : c’est la dernière parole de Jésus sur la terre, c’est en quelque sorte son testament avant de s’élever dans le ciel le jour de l’Ascension. Comment donc être nous aujourd’hui les témoins de Jésus Ressuscité et monté au ciel ?
 
► Un témoin dans la société, c’est quelqu’un qui a vu quelque chose, par exemple un accident, et qui dit, qui raconte ce qu’il a vu en essayant d’être le plus précis possible et en essayant d’être objectif, de ne pas interpréter ce qu’il a vu mais de le retracer exactement, d’être fidèle à la vérité des faits.
► Un témoin dans l’Évangile, c’est bien autre chose : c’est quelqu’un qui dit ce qu’il a vu, par exemple les actions de Jésus ou justement son ascension comme nous le raconte Luc dans les Actes des Apôtres que nous venons d’entendre. Mais surtout le témoin dans l’Évangile dit comment ce qu’il a vu de Jésus a changé sa vie et la vie des premières communautés chrétiennes. Il n’invente pas les faits, ce qui s’est passé, mais il dit quel impact ont eu ces faits sur lui et les communautés. C’est donc un témoin subjectif plus qu’objectif, d’où par exemple les quatre Évangiles : Marc, Matthieu, Luc et Jean racontent tous les quatre  la vie, la mort, la résurrection et l’ascension de Jésus bien sûr, mais en disant surtout comment cela a changé leur vie et la vie des premiers chrétiens, d’où les quatre Évangiles, quatre manières subjectives de présenter les mêmes faits concernant Jésus.
§ Être témoins du Christ, nous aujourd’hui, c’est aller dans le même sens que les quatre Évangélistes et même aller plus loin qu’eux car c’est non seulement dire et raconter comment Jésus Vivant change notre vie aujourd’hui mais c’est le montrer et le manifester par notre manière de vivre personnelle et collective. Nous sommes témoins du Christ Vivant quand il transparaît à travers nous et nos communautés dans notre manière de vivre et d’être au milieu des autres, au cœur du monde tel qu’il est !
► Nous sommes témoins du Christ Vivant quand nous sommes joyeux, joyeux non d’une joie bruyante, tapageuse, exubérante mais d’une joie paisible et sereine : la joie d’être habités par la Présence du Christ. Nous vivons la même vie que les autres avec ses moments de bonheur et ses moments de malheurs, d’épreuves, d’échecs, de maladies, de conflits… mais si nous vivons tout cela en nous laissant habiter et accompagner par la Présence du Christ, l’ami fidèle des beaux jours comme des mauvais jours, alors nous restons dans la joie, la joie profonde, calme et sereine. Dans notre société et notre monde plutôt tristes et moroses parce que vides, osons témoigner de la joie que donne le Christ qui remplit notre vide de sa Présence et de sa Plénitude.
► Nous sommes témoins du Christ Vivant quand nous restons confiants et pleins d’espérance malgré toutes les raisons d’être pessimistes et inquiets sur l’avenir du monde et même sur l’avenir de l’Église. Quand on croit vraiment au Christ, quand on s’accroche à Lui, on sait qu’avec Lui rien n’est impossible, qu’on arrivera avec Lui à avoir une belle vie sur la terre, qu’on arrivera avec Lui à améliorer le monde jusqu’à en faire son Royaume. Osons témoigner de cette confiance et de cette espérance puisées en Lui alors qu’humainement dans notre monde on voit plus de raisons d’être inquiet et pessimiste que de raisons d’espérer.
► Nous sommes témoins du Christ Vivant évidemment quand nous aimons, quand nous aimons comme le Christ a aimé : en nous ouvrant à tout le monde par-delà les préjugés sociaux, culturels, moraux, religieux, et surtout en étant généreux, en donnant notre vie aux autres, en donnant nos biens, notre temps, nos idées, nos paroles, notre énergie, notre aide, nos valeurs, nos convictions, notre foi ! On n’est pas chrétien en restant replié sur soi, sur sa petite vie égoïste, sur son confort égocentrique comme le dit le Pape François. On est chrétien quand on se donne pour les autres. Si les chrétiens aimaient vraiment leurs frères, comme le dit St Jean, « non avec des paroles et des discours mais par des actes et en vérité » alors la foi chrétienne attirerait bien plus de monde. Osons donc aimer, osons nous donner aux autres dans un monde où c’est souvent la loi du chacun pour soi, quand ce n’est pas la loi de la jungle !
► Nous sommes témoins du Christ quand nous vivons les fondamentaux de l’Évangile : la joie de croire, la confiance et l’espérance, l’amour-don, mais je crois qu’aujourd’hui notre monde attend aussi de nous d’autres formes de témoignage dont il a grand besoin.
♦ Dans un monde où règne l’anonymat, la solitude, l’isolement, soyons des témoins du Christ en étant comme Lui proches des autres, à leur écoute, très présents à leurs côtés, en nous intéressant à eux, en étant relationnels, amicaux, fraternels ; de plus en plus de gens ont aujourd’hui besoin de cette proximité fraternelle, amicale, chaleureuse.
♦ Dans un monde mouvant, instable, changeant, où de plus en plus de gens ont du mal à tenir leurs engagements, soyons des témoins du Christ en étant comme Lui stables et fidèles, dans notre foi, dans nos valeurs, dans nos convictions, dans nos responsabilités, dans nos engagements surtout dans nos grands  engagements : le mariage, la vocation sacerdotale, la vocation religieuses. Notre monde a besoin de notre fidélité pour y croire et pour avoir envie de la vivre même si c’est difficile. Et il a besoin de voir que c’est la fidélité qui construit une vie alors que lorsqu’on change à tout moment de direction en va dans tous les sens et on n’avance pas, on ne construit rien.
♦ Dans un monde de fragilités de toute sorte où l’on voit plein de gens craquer et plonger, soyons les témoins du Christ en tenant bon comme Lui qui marche sur la mer et calme les tempêtes et porte la Croix jusqu’au bout  ! Par la force de son esprit répandu dans nos cœurs, ne nous laissons pas déstabiliser et abattre par les contrariétés, les adversités et toutes les épreuves de la vie, par les crises multiples, par les échecs personnels ou par les oppositions parfois méchantes de nos adversaires. Tenons bon dans la vie, dans la foi, c’est un témoignage que notre monde attend car souvent j’entends des gens demander à leurs proches ou nous demander à nous : « est-ce que tu tiens le coup ? Tiens bon, on a besoin de toi ! »
♦ Dans un monde exigeant et incohérent où l’on attend beaucoup des autres, où l’on exige des autres ce qu’on ne fait pas soi-même, soyons les témoins du Christ en étant comme Lui capables de répondre aux attentes des autres, de faire ce qu’ils attendent et même demandent qu’on fasse. Si nous chrétiens on ne fait pas ce que les gens souhaitent, désirent, exigent même, on les décevra toujours et ils diront ! « Eh bien, si c’est ça être chrétien, si on ne peut pas compter sur eux, à quoi ça sert la foi ? » Voilà comment être un bon témoin : toujours nous demander ce qu’attendent ma famille, mes proches, mes collègues, mes associés, mon club, mon association… et essayer de le faire même si ce n’est pas ce que j’aurais fait à priori !
► Nous sommes témoins du Christ tous personnellement en vivant tout ce que je viens de dire et certainement beaucoup d’autres choses, d’autres valeurs évangéliques qu’on pourrait ajouter à qui mieux mieux, mais notre témoignage ne doit pas être seulement individuel, il doit être collectif, il doit être communautaire. Les premières communautés chrétiennes ont tellement bien témoigné qu’elles se sont multipliées, et elles ont témoigné en vivant un réel amour fraternel puisqu’on disait de ces premiers chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment ! » Nos communautés chrétiennes vivent-elles ce même amour, sont-elles le visage du Christ ? Pour l’être, voilà ce que St Paul nous invite, nous encourage à vivre dans la 2e lecture du jour de l’Ascension :
« Frères, moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous encourage à suivre fidèlement l’appel que vous avez reçu de Dieu : ayez beaucoup d’humilité, de douceur, de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez à cœur de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il n’y a qu’un seul Corps et un seul Esprit, il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous qui règne au-dessus de tous, par tous et en tous. » Ep. 4, 1-6
 
► Nous sommes témoins du Christ quand nous faisons tout pour que nos communautés chrétiennes, malmenées par la vie moderne, restent vivantes, quand nous participons activement à la vie de nos communautés et quand nous y cultivons un état d’esprit qui ressemble à celui que Paul vient de décrire. C’est un contre témoignage qu’on entend souvent : « Moi j’ai la foi mais je n’ai pas besoin de la communauté pour croire ! » A ce genre de réflexion notre ancien évêque répondait : « Tu n’as peut-être pas besoin de la communauté mais la communauté a besoin de toi ! » On pourrait ajouter : le Christ aussi a besoin de toi et de toi dans la communauté, pour révéler son visage au monde d’aujourd’hui. »
► Nous avons à être témoins du Christ personnellement et en communauté, cherchons donc à l’être le mieux possible, mais ne nous faisons pas d’illusions pour autant : notre mission est belle, valorisante, elle est cependant très difficile et Jésus nous prévient dans l’Évangile de dimanche, septième dimanche de Pâques : « Père garde mes disciples unis dans ton nom…Le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde de même que moi je n’appartiens pas au monde. » Être témoin du Christ, c’est accepter d’être incompris, rejetés par nos proches… On ne nous prend peut-être pas en haine mais on ne veut plus nous entendre parler de notre foi. En tout cas me disait un groupe de chrétiens cette semaine à qui j’ai demandé comment ils témoignaient de leur foi « mieux vaut rester discret aujourd’hui, ne pas trop parler de la foi chrétienne ou de l’Église car il y a systématiquement un rejet dans certains milieux, même dans l’enseignement catholique me précisait un professeur… »
 
 
Oui nous sommes dans le monde sans être du monde, ce n’est donc pas facile d’être de vrais témoins du Christ mais ce n’est pas une option libre : il faut l’être. Alors avec la force et l’intelligence de l’Esprit-Saint, essayons de témoigner du Christ Vivant personnellement et en communauté par notre joie, notre confiance, notre espérance, notre amour, notre qualité relationnelle, notre amitié pour tous, notre fidélité, notre capacité à être et à faire ce que notre monde attend de nous aujourd’hui pour s’ouvrir à la foi !
Amen !
 
Père René Pichon