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5ème Dimanche de Carême - P. Pichon

Mon homélie d’aujourd’hui porte sur un seul mot : « le cœur ! » Dans la première lecture, Jérémie nous a rappelé la belle promesse de notre Dieu : « Je mettrai ma loi au plus profond d’eux-mêmes : je l’inscrirai sur leur cœur. » Notre Dieu, c’est le Dieu du cœur. Au début de Carême, nous avons reçu les cendres en entendant chacun cette invitation : « change ton cœur et crois à la Bonne Nouvelle ! » Comment changer notre cœur ? Je vous propose maintenant au moins dix interprétations, dix manières de comprendre ce qu’est le cœur et donc dix pistes d’efforts spirituels possibles pour changer notre cœur.

1. Le cœur, c’est d’abord évidemment l’amour, l’affection, le sentiment, la chaleur des relations humaines. Vivre le grand commandement de la Bible : « Tu aimeras Dieu de tout ton cœur … et ton prochain comme toi-même ! » c’est aimer Dieu et les autres, nos proches.................

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 Homélie du dimanche 18 mars 2018

5e dimanche de Carême
Jr 31, 31-34
Jn 12, 20-33
 
            Mon homélie d’aujourd’hui porte sur un seul mot : « le cœur ! » Dans la première lecture, Jérémie nous a rappelé la belle promesse de notre Dieu : « Je mettrai ma loi au plus profond d’eux-mêmes : je l’inscrirai sur leur cœur. » Notre Dieu, c’est le Dieu du cœur. Au début de Carême, nous avons reçu les cendres en entendant chacun cette invitation : « change ton cœur et crois à la Bonne Nouvelle ! » Comment changer notre cœur ? Je vous propose maintenant au moins dix interprétations, dix manières de comprendre ce qu’est le cœur et donc dix pistes d’efforts spirituels possibles pour changer notre cœur.
 
1.       Le cœur, c’est d’abord évidemment l’amour, l’affection, le sentiment, la chaleur des relations humaines. Vivre le grand commandement de la Bible : « Tu aimeras Dieu de tout ton cœur … et ton prochain comme toi-même ! » c’est aimer Dieu et les autres, nos proches, avec beaucoup d’affection, de sentiment, de chaleur au lieu de rester froids, distants, indifférents.
Changeons nos cœurs en aimant Dieu et les autres avec plus de sentiment, plus d’affection, plus de chaleur, plus de proximité, plus d’attention, plus d’intérêt pour eux. Mettons de l’affectif dans notre foi et toutes nos relations !
2.       Le cœur, c’est la profondeur, l’attachement en profondeur, l’implication en profondeur. C’est tout le contraire d’une vie superficielle où l’on ne s’attache à rien ni à personne. Tout au long de la Bible, les prophètes répètent ce reproche que Dieu fait à son peuple : « Mon peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi ! », autrement dit : sa foi est superficielle, sa vie est superficielle !
Changeons nos cœur en nous impliquant vraiment, totalement dans tout ce que nous faisons, en nous attachant à Dieu et aux autres du plus profond de notre cœur. Que notre foi ne soit pas superficielle, que notre vie ne soit pas superficielle, mettons notre cœur, le plus profond de nous-mêmes, dans notre relation à Dieu et aux autres et dans tout ce que nous faisons.
3.       Le cœur, c’est l’oreille attentive, l’écoute attentive : « Écoute la voix du Seigneur, prête l’oreille de ton cœur » nous dit ce chant bien connu qui reprend ces paroles de la Bible souvent répétées : « Écoute Israël » Et la règle de Saint Benoît commence par ces mots : « Écoute, avec l’oreille de ton cœur ! »
Changeons nos cœurs en étant plus à l’écoute de Dieu et des autres, en prêtant beaucoup plus d’attention à leurs paroles. Souvent on entend mais on n’écoute pas. Faisons taire tous les bruits extérieurs et intérieurs pour nous mettre vraiment à l’écoute de Dieu, de sa Parole, de sa voix dans notre conscience et notre cœur, et pour mieux écouter les autres surtout nos proches car trop souvent on pense : « Je sais bien ce qu’ils veulent me dire… Ils me disent toujours la même chose ! » Du coup, on leur prête une oreille distraite, qui n’a rien à voir avec l’oreille du cœur.
4.       Le cœur, c’est la vision de l’invisible : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ! » Cette phrase bien connue nous fait comprendre que le cœur est l’organe de la foi : le cœur, c’est l’intuition qui reconnaît Dieu en nous, dans la vie, dans les signes de la vie ; le cœur, c’est la sensation intérieure de la Présence de Dieu. La foi n’est pas le fruit d’un raisonnement, d’une démonstration qui prouverait l’existence de Dieu mais le regard du cœur qui voit et ressent l’invisible, le reconnaît, le nomme : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Comme le disait Pascal : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas », changeons donc nos cœurs en faisant parler notre cœur plus que notre raison pour grandir dans la foi ! Oui laissons parler notre regard intérieur qui voit l’invisible, nos sensations intérieures qui ressentent cette Présence Invisible mais réelle de Dieu en nous.
5.       Le cœur, c’est la mémoire, et faire mémoire, se souvenir, c’est un appel permanent dans la Bible : il faut faire mémoire sans cesse de ce que Dieu a fait dans toute l’histoire de son Peuple ; il faut « garder dans son cœur » toutes les merveilles de Dieu, Marie le sait bien, elle dont saint Luc nous dit : « Marie retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur ! » Dans notre langage courant, on dit souvent, surtout à l’école : « apprends ça par cœur ! » Le cœur et la mémoire vont ensemble.
Changeons nos cœurs, en n’ayant pas la mémoire courte, en nous souvenant toujours de tout ce que Dieu a fait dans le monde, dans l’histoire, dans notre propre vie pour le remercier sans cesse. Et n’ayons pas la mémoire courte envers les autres en sachant toujours nous souvenir de tout ce que nous leur devons et en sachant sans cesse les remercier pour tout ce qu’ils apportent !
6.       Le cœur, c’est l’intériorité, la vie intérieure : « Les hommes regardent l’apparence, Dieu regarde le cœur » répète la Bible. Jésus s’en prend vigoureusement aux Pharisiens qui ont fait de la religion juive une religion d’apparence alors qu’elle est d’abord la religion du cœur : « Malheureux êtes-vous scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous purifiez l’extérieur de la coupe et de l’assiette, mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance ! Pharisien aveugle, purifie d’abord l’intérieur de la coupe afin que l’extérieur aussi devienne pur. Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des tombeaux blanchis à la chaux : à l’extérieur ils ont belle apparence, mais l’intérieur est rempli d’ossements et de toutes sortes de choses impures. C’est ainsi que vous, à l’extérieur, pour les gens, vous avez l’apparence d’hommes justes, mais à l’intérieur vous êtes pleins d’hypocrisie et de mal… » (Mt 23, 25-28)
Dans les Béatitudes, Jésus dira : « Heureux les cœurs purs » pour nous dire que le vrai bonheur n’est pas dans l’apparence humaine mais dans l’intériorité d’un cœur tellement pur qu’il laisse transparaître la Présence de Dieu comme l’eau pure d’un torrent laisse transparaître le fond du lit où il s’écoule.
Changeons nos cœurs en ne cherchant pas à soigner nos apparences de beauté, de richesse, de force, de réussite sociale… mais en cultivant notre vie intérieure, en purifiant sans cesse notre intériorité pour qu’elle soit habitée par Dieu et laisse transparaître sa Présence Intime !
7.       Le cœur, c’est le courage, l’audace, la conviction, la volonté solide, la persévérance. On connaît tous cette fameuse devise : « À cœur vaillant, rien d’impossible ! »
Changeons nos cœurs, en étant « vaillants » dans la vie et dans la foi, en étant courageux, audacieux, persévérants dans tous nos projets humains ou spirituels, en étant des hommes de conviction, de volonté, de caractère malgré nos faiblesses et nos fragilités, en puisant notre force, notre « vaillance » en Dieu comme Paul qui disait : « C’est quand je suis faible que je suis fort… »
8.       Le cœur, c’est l’enthousiasme, la motivation, l’espérance contre toute espérance : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant quand il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures » disent les disciples d’Emmaüs qui en quelques instants, grâce à Jésus Ressuscité, passent de la tristesse la plus profonde à la joie la plus grande, du désespoir le plus noir à l’Espérance la plus rayonnante, de la démotivation totale à l’audace d’annoncer le Christ Ressuscité avec conviction, du cœur froid et désabusé au cœur brûlant d’un enthousiasme sans égal !
Changeons nos cœurs en cultivant l’enthousiasme, la motivation, l’espérance, la joie, le feu intérieur dans tout ce que nous entreprenons et surtout dans notre mission de témoins du Christ.
9.       Le cœur, c’est un état d’esprit, l’état d’esprit que Jésus réclame dans la Béatitudes quand il nous dit : « Heureux les pauvres de cœur » c’est-à-dire heureux ceux qui ne sont pas pleins d’eux-mêmes, ceux qui ne sont pas hautains, orgueilleux, suffisants, compliqués, ceux qui restent humbles et simples, ouverts à Dieu, confiants en Dieu plus qu’en eux-mêmes, ceux qui gardent un cœur d’enfant totalement abandonné à Dieu qui les porte, les soutient, les conduit, les emmène où il veut.
Changeons nos cœurs en nous décentrant de nous pour nous recentrer sur Dieu, nous abandonner à Dieu humblement, simplement, dans une totale confiance.
10.   Le cœur, c’est évidemment la générosité. Avoir bon cœur, c’est être généreux. Donner de bon cœur, c’est donner sans compter, sans calculer ce qu’on donne et c’est ce que Jésus nous demandait le mercredi des Cendres au début de Carême, temps par excellence de la générosité, de la privation et du jeûne pour pouvoir donner toujours plus à ceux qui ont moins que nous : « Toi, quand tu fais l’aumône, quand tu donnes, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite ! … » Puissions-nous vivre cela en ce dimanche du C.C.F.D.
Changeons nos cœurs, en ayant la main sur le cœur, en donnant généreusement aux autres, et même pour imiter le Christ, en donnant tout jusqu’à notre propre vie comme Jésus nous le rappelle dans l’Évangile de ce dimanche : « Qui aime sa vie, sous-entendu égoïstement, la perd. Qui s’en détache, sous-entendu généreusement, la garde pour la vie éternelle ! »
Changeons nos cœurs en étant comme la graine de blé tombée en terre : n’ayons pas peur d’être généreux, de tout donner, de mourir à nous-mêmes en donnant tout, nous recevrons alors la vie de Dieu pour l’éternité !
 
            C’est Carême : plus que jamais accueillons la grâce de ce temps de conversion, la grâce de Dieu pour changer nos cœurs, cette grâce qui nous rendra plus affectueux, plus profonds, plus à l’écoute, plus ouverts à l’invisible, plus reconnaissants, plus intérieurs, plus vaillants, plus enthousiastes, plus humbles et plus généreux. Vaste programme car notre Dieu est le Dieu du cœur ! Amen !
 
Père René Pichon