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3ème dimanche de Carême - P. Pichon

Qu’elle différence y a-t-il entre la religion juive, la philosophie grecque et la foi chrétienne ? Ce n’est certainement pas une question que vous vous posez mais c’est la question que se pose Saint Paul dans la deuxième lecture, et sa réponse est pour nous très intéressante : les Juifs croyaient à la puissance de Dieu, les Grecs croyaient à la puissance de la sagesse humaine, et les Chrétiens croient, doivent croire à la puissance de l’amour manifesté par le Christ en croix. Et nous, en quoi, en qui croyons-nous ?

♦ Les Juifs croyaient à la Puissance de Dieu et même précise Paul, à la puissance miraculeuse de Dieu : « Les Juifs réclament des signes miraculeux ! » En effet, tout au long de l’Ancien Testament, on voit les Hébreux réclamer sans cesse à Dieu des manifestations de sa Puissance pour conforter leur foi et pour que les païens puissent admirer cette Puissance de Dieu à l’œuvre dans son Peuple. Après la sortie triomphale de l’Égypte grâce au passage miraculeux de la Mer Rouge, les Hébreux dans le désert vont demander à Dieu de faire jaillir l’eau du Rocher pour étancher leur soif, puis de faire pleuvoir la manne pour les nourrir. Après le miracle de la manne, parce qu’ils en ont assez de cette maigre nourriture, ils réclament de la viande et Dieu dans sa toute-puissance va faire pleuvoir les cailles sur le peuple. Puis ils réclameront d’être délivrés des morsures mortelles des serpents, alors Moïse ...........

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Homélie du dimanche 4 mars 2018
3e dimanche de Carême
1 Co 1, 22-25
Jn 2, 13-25
 
            Qu’elle différence y a-t-il entre la religion juive, la philosophie grecque et la foi chrétienne ? Ce n’est certainement pas une question que vous vous posez mais c’est la question que se pose Saint Paul dans la deuxième lecture, et sa réponse est pour nous très intéressante : les Juifs croyaient à la puissance de Dieu, les Grecs croyaient à la puissance de la sagesse humaine, et les Chrétiens croient, doivent croire à la puissance de l’amour manifesté par le Christ en croix. Et nous, en quoi, en qui croyons-nous ?
 
         Les Juifs croyaient à la Puissance de Dieu et même précise Paul, à la puissance miraculeuse de Dieu : « Les Juifs réclament des signes miraculeux ! » En effet, tout au long de l’Ancien Testament, on voit les Hébreux réclamer sans cesse à Dieu des manifestations de sa Puissance pour conforter leur foi et pour que les païens puissent admirer cette Puissance de Dieu à l’œuvre dans son Peuple. Après la sortie triomphale de l’Égypte grâce au passage miraculeux de la Mer Rouge, les Hébreux dans le désert vont demander à Dieu de faire jaillir l’eau du Rocher pour étancher leur soif, puis de faire pleuvoir la manne pour les nourrir. Après le miracle de la manne, parce qu’ils en ont assez de cette maigre nourriture, ils réclament de la viande et Dieu dans sa toute-puissance va faire pleuvoir les cailles sur le peuple. Puis ils réclameront d’être délivrés des morsures mortelles des serpents, alors Moïse, l’Évangile de dimanche prochain nous le rappellera, dressera un serpent d’airain sur un mât et voilà que ce serpent sauvera magiquement, grâce à la Puissance de Dieu, tous ceux qui après avoir été mordus lèveront les yeux vers lui…
Tout au long de son histoire le Peuple de Dieu n’a cessé de réclamer de tels signes miraculeux et quand il n’y en avait plus, sa foi se refroidissait au point de retomber dans la foi païenne et d’adorer ses idoles et autres faux-dieux… La foi juive était belle, sincère, mais trop liée à la vision d’un Dieu Tout-Puissant faiseur de miracles.
Du temps de Jésus, cette foi juive n’avait pas tellement évolué puisque régulièrement Jésus reproche aux prêtres, aux scribes, aux pharisiens de n’attendre de lui qu’une chose : des miracles ! Cela l’énerve, le met en colère : « Cette génération réclame des signes, il ne lui sera donné que le signe de Jonas ! » De plus, le peuple tout entier attendait le Messie mais un Messie tout-puissant faiseur de miracles, capable de changer les pierres en pains, de se jeter du haut du Temple ou de prendre possession de tous les royaumes de la terre : Jésus refusera toujours de tomber dans les trois tentations du Messie faiseur de miracles et à chaque fois qu’on le prendra pour ce Messie tout-puissant attendu, Jésus s’enfuira seul dans la montagne pour prier parce qu’il n’est pas venu sur terre pour manifester la puissance miraculeuse de Dieu !
Attention donc à notre manière de croire : nous en restons souvent nous-mêmes à la foi juive qui demande à Dieu de manifester sa toute-puissance : nous demandons à Dieu de guérir nos malades, de nous donner la santé, de nous faire réussir tous nos projets, de mettre sa puissance à notre service, au service de notre santé, de nos ambitions, de nos intérêts, de nos relations, autrement dit notre foi est intéressée, c’est peut-être une foi sincère, mais elle est intéressée, elle n’est donc pas vraiment chrétienne !
 
         Les Grecs croyaient à la puissance de la raison humaine capable d’expliquer le monde et de définir une sagesse humaine c’est-à-dire un art de vivre pour vivre heureux. Les Grecs n’écoutaient pas les prophètes comme les Juifs mais les philosophes, les nombreux philosophes, qui donnaient tous leur explication du monde et surtout proposaient une certaine sagesse, une certaine manière de vivre. Entre eux il y avait beaucoup de nuances, beaucoup de différences, mais en schématisant, on peut dire que le maître mot de toutes les philosophies grecques, leur message essentiel et unanime, c’est « la mesure, la juste mesure : pour être heureux en cette vie, vivons en étant mesurés en tout, en évitant tous les excès, en gardant en tout un juste équilibre ! »
Ce message évidemment nous pouvons le garder pour nous : si nous voulons être heureux, dans tous les domaines de la vie, des plus matériels aux plus spirituels, restons dans la juste mesure : ni trop ni trop peu, jamais d’excès, autrement dit « usons de tout mais n’abusons de rien » selon le fameux dicton qui est une belle sagesse, une bonne philosophie de la vie.
Le temps de Carême, c’est le temps par excellence où nous devons retrouver cette juste mesure, cet équilibre de vie. Le jeûne, le vrai jeûne de Carême, c’est le rejet des excès qui nous déséquilibrent : excès de nourriture, de gourmandises, de café, d’alcool, de tabac… excès d’écrans, excès de bruit… excès de consommation matérielle et bien sûr excès de critiques, de paroles blessantes, de méchanceté, excès de pessimisme, de ruminations et de paroles négatives, excès de tristesse, excès d’agressivité, d’énervement, de colère : nos colères ne sont souvent pas de saintes colères comme celle de Jésus face aux marchands du Temple, c’est-à-dire des colères qui sont le cri d’un amour blessé et indigné ; elles sont la plupart du temps le cri bruyant de notre agressivité, de notre orgueil ou de notre amour-propre ; elles sont le cri de nos nerfs à fleur de peau et non de notre cœur qui n’accepte pas qu’on se moque de Dieu et qu’on ne respecte pas sa maison qui le représente… Pendant Carême, retrouvons la juste mesure en toute chose pour vivre partout l’essentiel !
 
         Pour vivre une vraie foi chrétienne, ne nous contentons pas selon l’appel de Saint Paul de la foi intéressée des Juifs qui croyaient à la puissance miraculeuse de Dieu et ne nous contentons pas non plus évidemment de la sagesse grecque qui croyait à la puissance de la sagesse pour nous faire vivre une vie équilibrée, allons beaucoup plus loin en vivant une foi qui croit à la Puissance de l’Amour manifesté par le Christ en Croix donnant sa vie pour le Salut du monde !
Sur la Croix, Jésus ne manifeste pas la puissance miraculeuse de Dieu et d’ailleurs comme le raconte St Marc tous ceux qui sont au pied de la Croix le lui reprochent en se moquant : « Hé ! Toi qui détruis le Sanctuaire, le Temple, et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la Croix. » disent les passants en l’injuriant et les grands prêtres en rajoutent : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut se sauver lui-même ! Qu’il descende de la Croix maintenant, le Christ, le Roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » Au lieu de descendre de la Croix pour manifester la puissance spectaculaire de Dieu, Jésus reste cloué sur la Croix pour manifester la Puissance de l’Amour qui pardonne tout même à ses ennemis et qui donne tout, jusqu’à sa propre vie, pour dire aux hommes : « Faites comme moi ! Ne cherchez pas à sauver le monde par la puissance miraculeuse, par la force spectaculaire mais par l’amour, par le pardon, par le don total de vous-mêmes. Car la force, la puissance fait pression, s’impose, contraint, alors que l’amour laisse libre, libère, se propose, s’offre et change vraiment le cœur de celui qui l’accueille ! »
Cette Puissance de l’Amour manifestée par la Croix de Jésus, c’est pour les Juifs un scandale et pour les Grecs une folie explique Paul. En effet pour les Juifs, c’est scandaleux de dire que le Christ, l’envoyé de Dieu, le Fils de Dieu meurt sur la Croix, c’est scandaleux parce que c’est contraire à la Puissance de Dieu ; la Croix est donc un signe de la faiblesse humaine et non une manifestation de la Puissance Divine, fusse-t-elle celle de son amour.
Pour les Grecs, l’amour manifesté par le Christ en Croix, c’est de la folie car c’est un amour démesuré, excessif, fou, contraire à la raison, contraire à la sagesse, contraire à la mesure. Pour eux, aimer c’est aimer en donnant mais avec juste mesure et non en donnant tout, c’est aimer en se gardant, en gardant ce qu’il faut pour soi, et non en se perdant.
Saint Paul nous demande donc à tous et à nous aujourd’hui de choisir entre la puissance miraculeuse de Dieu, la puissance de la sagesse humaine et la puissance de l’amour manifesté par la Croix du Christ. Notre foi risque de rester une foi intéressée qui demande à Dieu de mettre sa puissance à notre service. Notre foi risque de rester une foi humaine qui cherche la mesure en toute chose et nous pousse à ne pas trop en faire, à ne pas faire d’excès de zèle ! Notre foi doit devenir chrétienne en se laissant habiter et même enflammer par l’amour fou du Christ nous poussant à tout donner, à donner de plus en plus, à donner sans mesure, à nous donner jusqu’à en mourir. Saint Augustin disait : « la mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure. » C’est vers ce sommet qu’il faut tendre.
Être chrétien c’est croire à la puissance de l’amour sans mesure, de l’amour fou. Pendant ce temps de Carême, comme notre paroisse nous y invite, « ouvrons-nous donc à Dieu » mais pas à n’importe quel Dieu, pas au Dieu des Puissants ni au Dieu des Sages et des Savants comme le dit Jésus lui-même ; ouvrons-nous au Dieu du Christ mort et Ressuscité, au Dieu de l’Amour fou, de l’Amour sans mesure. Amen !
 
Père René Pichon