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2ème Dimanche de Pâques - P. Pichon

Thomas a à la fois raison et tort. Jésus lui fait ce reproche : « parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu… » : Thomas a tort de vouloir voir Jésus Ressuscité de ses yeux car la foi chrétienne ce n’est pas voir Jésus de nos yeux, le voir en direct, la foi n’est pas une vision. Mais en même temps Thomas a raison de penser qu’on ne peut pas croire sans voir Jésus Vivant se manifester dans notre vie, en l’occurrence à travers des signes, c'est-à-dire indirectement et c’est ce qu’affirme St jean à la fin de l’Évangile : « Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là on été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom… » La foi chrétienne n’est pas une vision directe mais indirecte du Christ Ressuscité, ce n’est pas une vision de sa personne mais .............

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Homélie du 2e dimanche de Pâques
Dimanche de la Miséricorde
Jn 20, 19-31
Ac 4, 32-35
 
            Thomas a à la fois raison et tort. Jésus lui fait ce reproche : « parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu… » : Thomas a tort de vouloir voir Jésus Ressuscité de ses yeux car la foi chrétienne ce n’est pas voir Jésus de nos yeux, le voir en direct, la foi n’est pas une vision. Mais en même temps Thomas a raison de penser qu’on ne peut pas croire sans voir Jésus Vivant se manifester dans notre vie, en l’occurrence à travers des signes, c'est-à-dire indirectement et c’est ce qu’affirme St jean à la fin de l’Évangile : « Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là on été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom… » La foi chrétienne n’est pas une vision directe mais indirecte du Christ Ressuscité, ce n’est pas une vision de sa personne mais une vision de sa manifestation à travers des signes. Quels sont ces signes par lesquels le Christ se manifeste à nous pour faire grandir notre foi ?
 
1.       Il y en a des milliers comme nous le chantons dans ce chant bien connu : « Signes par milliers, traces de ta gloire, signes par milliers, Dieu dans notre histoire ! » Évidemment, je ne vais pas vous en citer mille mais ceux que j’ai repérés dans les lectures de ce dimanche et le premier d’entre eux, c’est la communauté chrétienne : Jésus se manifeste, se fait voir par le signe de la communauté : « Jésus était là au milieu d’eux ! » nous dit l’Évangile de ce dimanche. Quand la communauté chrétienne se réunit dans la prière, une vraie prière profonde et confiante, une ambiance se crée qui fait voir, sentir la Présence du Christ au milieu de nous : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ! » Après la mort de Jésus, les disciples se réunissaient dans la prière et la confiance, c’est comme ça qu’ils ont pu voir le Christ Ressuscité les rejoindre. Thomas ne l’a pas vu parce qu’ils n’étaient pas avec eux quand Jésus est venu précise Jean, et c’est le tort de St Thomas : si on se coupe de la communauté, et c’est malheureusement le cas aujourd’hui de beaucoup de chrétiens non pratiquants, peu à peu on décroche de la foi, on perd la foi ou en tout cas elle s’attiédit. Par contre si on est fidèle à la communauté et si l’on agit en elle pour qu’elle soit une vraie communauté vivant du Christ, alors cette communauté manifeste le Christ, le rend visible à travers ses membres et la communion qui les unit. C’est ce qui s’est passé pour les premières communautés chrétiennes : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avaient un seul cœur et une seul âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun ! » Voilà le grand signe du Christ qui donne et fortifie la foi : une communauté chrétienne vivant une vraie communion matérielle et spirituelle, spirituelle et matérielle indissociablement ! Dans l’Église actuelle, c’est un signe des temps, les paroisses vivantes sont des paroisses qui vivent des temps communautaires, qui ne se contentent pas de la messe du dimanche où les pratiquants forment une assemblée mais pas une communauté. Un temps communautaire c’est un samedi après-midi, un dimanche matin ou même toute la journée, une soirée, un week-end ou l’on partage ensemble des temps de réflexion et de débat, des activités, un repas, et bien sûr l’eucharistie. Multiplions dans nos églises et nos maisons paroissiales de tels moments communautaires pour que nos communautés paroissiales soient de vraies communautés chrétiennes, signes du Christ Ressuscité, manifestations du Christ Vivant.
2.       Le deuxième signe du Christ Ressuscité dans les textes de ce jour, dans l’Évangile notamment, c’est la paix : « La Paix soit avec vous » dit Jésus pour saluer ses disciples et se montrer à eux. Les disciples avaient peur des juifs au point de s’enfermer et de « verrouiller les portes du lieu où ils étaient par crainte des juifs. » Et voilà qu’en leur apparaissant Jésus Ressuscité fait descendre dans leur cœur une paix divine, pas la paix-tranquillité ou la paix-passive mais la paix-confiance, la paix-courage, la paix-témoignage, la paix-active qui donne la force et l’audace de témoigner, la paix si profonde qu’elle donne l’élan de la mission, qu’elle ouvre les portes et envoie dans le monde : « La paix soit avec vous !  De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ! »
Voir le Christ Ressuscité aujourd’hui, c’est faire nous-mêmes l’expérience de sa paix intérieure : dans un monde inquiet, angoissé, agité, stressé, excité même, qu’il fait bon goûter cette paix que nous donne le Christ quand on sent qu’il nous habite, qu’il est là en nous et cette paix nous donne un tel bien-être, une telle sérénité, une telle confiance qu’on a envie de la porter aux autres, de leur dire : « Ouvrez-vous au Christ, vous verrez comme vous vous sentirez bien, vous serez comblés intérieurement ! » Voyons et faisons voir le Christ Vivant par la paix dont il nous comble.
3.       Le troisième signe du Christ dans l’Évangile d’aujourd’hui, c’est évidemment la joie : « Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur ! » Leur joie c’est la joie de la plus grande de toutes les victoires possibles : la victoire sur la mort ! Quand nous remportons une victoire quelle qu’elle soit, nous sommes joyeux, la joie éclate : on a gagné ! Et la joie est d’autant plus grande que le combat pour l’obtenir a été rude ! Les disciples après la mort de Jésus étaient abattus, découragés, désespérés : en perdant Jésus, ils avaient tout perdu, perdu tout espoir, perdu le sens même de leur vie. Et voilà qu’en voyant Jésus Ressuscité, les apôtres se disent : « on a eu raison de mettre notre confiance en lui, par son amour il a vaincu la mort, il donne sens à la vie et à la mort, chantons sa victoire, la victoire de l’amour, laissons éclater notre joie, allons proclamer notre joie ! »
Voir le Christ Ressuscité aujourd’hui, c’est ressentir en nous cette joie qu’il nous donne quand on met notre espoir en lui, quand il devient le sens de notre vie, notre raison d’être, quand on mise notre vie sur Lui, quand on croit qu’avec Lui tout est possible, que l’amour peut tout faire, peut changer le monde, que l’espérance gagnera ! Cette joie est si grande qu’on ne peut la garder pour nous : on a envie de la rayonner partout !
 
4.       Le quatrième signe du Christ dans l’Évangile de ce dimanche, c’est le souffle de l’Esprit :« Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint ! » Après la mort de Jésus, les apôtres n’avaient plus de souffle, plus de motivation, plus d’énergie, ils étaient abattus, anéantis, morts ! Et voilà que Jésus Ressuscité leur redonne ce souffle qu’ils ont eu quand ils l’ont suivi pour la première fois au premier appel : ce souffle les remet en route, les remotive, les relance, les fait repartir plus forts que jamais dans leur mission…
Voir le Christ Ressuscité c’est faire l’expérience d’un souffle qui vient d’ailleurs, qui nous est redonné d’en-haut, de plus haut que nous alors que nous connaissons la fatigue, l’échec, la déception, le découragement, la démotivation, l’abattement Nous traversons tous un jour ou l’autre de tels moments de désert, de passage à vide… Et voilà que tout d’un coup, miraculeusement, et c’est ça le signe du Ressuscité en nous, on retrouve l’élan, la motivation, l’énergie, le souffle d’un nouveau départ, d’une renaissance… Ça ne vient pas de nous puisque nous sommes abattus, puisque nous avons perdu souffle… Ce souffle est si inattendu et si fort que nous le reconnaissons naturellement et spontanément, que nous ne pouvons que dire comme Saint Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »  Voir le Christ Ressuscité, c’est le voir, le reconnaître dans toutes nos résurrections, dans toutes nos renaissances !
 
5.       Le cinquième signe du Christ Ressuscité dans l’Évangile d’aujourd’hui, c’est le pardon : « Recevez l’Esprit Saint. A qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés ils lui seront maintenus ! » Le pardon, c’est certainement ce qui est le plus difficile à vivre : comment pardonner à ceux qui nous font du mal, à ceux qui cherchent à nous détruire, à ceux qui veulent tuer, faire mourir nos raisons de vivre, nos espoirs, et même notre propre personne. Les Apôtres ont vécu cela : s’ils ont verrouillé leurs portes, c’est par peur d’être arrêtés et tués comme Jésus ! Comment pourraient-ils pardonner à leurs ennemis qui sont à leurs portes ? C’est pourtant ce que Jésus leur demande : humainement c’est impossible mais avec la grâce de Dieu, le don de l’Esprit, c’est possible de dire comme Jésus en croix, « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Le pardon, être capable de pardonner à ses pires ennemis, c’est la preuve, le signe de l’action, de la grâce du Christ Ressuscité en nous. En ce dimanche de la Miséricorde, reconnaissons que tous les pardons que nous avons donnés, surtout les plus difficiles, ceux qu’on ne voulait pas donner, qu’on ne pouvait pas donner ont été l’œuvre du Christ en nous, le signe de son action en nous, au point de nous faire dire : « je n’arrivais pas à pardonner ça, ça me semblait impossible. J’ai mis du temps mais finalement, il s’est passé quelque chose en moi, j’y suis arrivé : merci mon Dieu ! C’est par ta grâce que j’ai pu pardonner ! »
 
6.       Enfin le sixième signe du Christ Ressuscité à la fin de l’Évangile, c’est le signe expliqué à Thomas, le signe de la foi à travers les siècles : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » Oui le plus beau, le plus grand ses signes du Christ Ressuscité, ce sont les croyants eux-mêmes. Que de croyants à travers les siècles ! Que de croyants encore aujourd’hui même si la foi est en crise ! Que de croyants surprenants à l’heure actuelle, dont la foi n’est pas un héritage, une culture mais l’expérience inédite du Christ dans leur vie. Que de croyants qui nous disent : « Je n’ai pas été élevé dans la foi chrétienne, j’étais plutôt dans un milieu incroyant, indifférent, voire opposé à la foi… Et puis il s’est passé quelque chose dans ma vie, j’ai entendu un appel, j’ai vu un signe, j’ai reconnu Dieu, j’ai rencontré le Christ… » Les croyants inattendus d’aujourd’hui, ce sont pas exemple les 4800 adultes baptisés en France à la veillée pascale : leur parcours la plupart du temps est si surprenant qu’on ne peut que dire : « La foi c’est vraiment un cadeau du ciel qui continue à l’heure actuelle… Merci mon Dieu pour tous ces signes de la Foi. Je ne te verrai jamais de mes yeux mais je te vois dans tous tes signes, tes signes par milliers. Merci mon Seigneur et mon Dieu ! »  Amen
 

Père René PICHON