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2ème Dimanche de Carême - P. Pichon


Puisque dans notre paroisse le thème choisi pour Carême, c’est « ouvrons-nous à Dieu », nous pouvons nous interroger après avoir écouté l’Évangile de la Transfiguration et nous demander : « Ouvrons-nous à Dieu, oui, mais à quel Dieu ? Quel Dieu, quel visage de Dieu nous révèle cet Évangile ? »
Et la deuxième question que nous pouvons nous poser, c’est évidemment : « Que veut faire en nous ce Dieu de la Transfiguration ? »

1.Le Dieu de la Transfiguration, ce n’est plus seulement le Dieu de Moïse, le Dieu d’Élie, c’est le Dieu de Jésus : « Ils ne virent plus que Jésus seul ! » A partir de la Transfiguration Dieu ne veut plus se révéler autrement que par Jésus. Dieu s’est révélé à Moïse sur la montagne du Sinaï comme le Dieu tout-puissant et tonitruant, le Dieu révélant son visage à Moïse ...............

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Homélie du dimanche 25 février 2018
2e dimanche de Carême
Mc 9, 2-10
 
            Puisque dans notre paroisse le thème choisi pour Carême, c’est « ouvrons-nous à Dieu », nous pouvons nous interroger après avoir écouté l’Évangile de la Transfiguration et nous demander : « Ouvrons-nous à Dieu, oui, mais à quel Dieu ? Quel Dieu, quel visage de Dieu nous révèle cet Évangile ? »
                Et la deuxième question que nous pouvons nous poser, c’est évidemment : « Que veut faire en nous ce Dieu de la Transfiguration ? »
 
1.Le Dieu de la Transfiguration, ce n’est plus seulement le Dieu de Moïse, le Dieu d’Élie, c’est le Dieu de Jésus : « Ils ne virent plus que Jésus seul ! » A partir de la Transfiguration Dieu ne veut plus se révéler autrement que par Jésus. Dieu s’est révélé à Moïse sur la montagne du Sinaï comme le Dieu tout-puissant et tonitruant, le Dieu révélant son visage à Moïse à travers les éclairs, le tonnerre, le tremblement de terre, et comme le Dieu des 10 commandements, le Dieu de la loi écrite sur les tables de pierre que Moïse porte solennellement. Voilà le Dieu de Moïse : c’est le Dieu du grand spectacle extérieur et de la Loi écrite… À Élie, le premier des prophètes, Dieu se révèle tout autrement sur la montagne de l’Horeb : non plus dans le tonnerre, les éclairs, le tremblement de terre, et autres manifestations extérieures mais dans le murmure d’une brise légère, autrement dit dans la vie intérieure de celui qui écoute Dieu du fond de son cœur. Le Dieu extérieur est devenu le Dieu intérieur et la Loi que Dieu donne à Élie ce n’est plus la Loi écrite sur les tables de pierre, c’est la Loi écrite dans le cœur, la Loi du cœur, les commandements que notre cœur entend quand Dieu nous parle cœur à cœur, comme le diront tous les prophètes : « J’écrirai ma Loi dans leur cœur …, Je vous donnerai un cœur nouveau, un esprit nouveau… » De Moïse à Élie, on passe du Dieu extérieur au Dieu intérieur, du Dieu de la Loi au Dieu du cœur, Dieu se fait donc de plus en plus proche. Avec Jésus Dieu va se faire encore plus proche, il va devenir homme parmi les hommes, puis après la Résurrection, et la Transfiguration annonce la Résurrection, le Dieu de Jésus Ressuscité va venir habiter pas seulement le cœur mais l’intimité des hommes et il va venir vivre en tous ceux qui croient en Lui et s’ouvrent à Lui au point qu’ils pourront dire avec Saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ! » Ce Christ qui fait vivre Dieu en nous répand en nos cœurs son amour infini qui nous pousse à aimer même nos ennemis et à tout donner, jusqu’à notre propre vie. Ouvrons-nous donc au Dieu de Jésus Christ, ce n’est plus seulement le Dieu extérieur et le Dieu de la Loi, le Dieu Intérieur et le Dieu du Cœur, c’est le Dieu de l’intimité, plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes comme le dit Saint Augustin, et c’est le Dieu de l’Amour infini, sans limites qui pousse au don total pour tous les autres, même pour nos ennemis. De Moïse à Jésus en passant par Élie on est donc passé du Dieu Extérieur au Dieu Intérieur puis au Dieu Intime, et on est passé de la Loi au cœur et du cœur à l’amour infini, sans limites !
 
2.Mais justement ce Dieu si proche, si intime, ce Dieu d’Amour Infini, que veut-il faire en nous ? Il veut évidemment faire en nous ce qu’il a fait en Jésus le jour de la Transfiguration : il veut nous transfigurer par sa Présence Intime et son Amour Infini, il veut transparaître à travers nous. Que faire pour nous laisser transfigurer par Dieu ? Reprenons le récit de la Transfiguration, pour y discerner tous les moyens proposés à notre transfiguration personnelle.
 
         Pour être transfigurés par Dieu, montons sur la montagne, c’est-à-dire recherchons tous les moyens d’élévation possible et d’abord prions évidemment, contemplons et méditons ! Quelqu’un qui prie vraiment, qui est bien recueilli, bien en présence Dieu, rayonne cette Présence ! Mais aussi cherchons des moyens plus simples et plus humains d’élévation : les balades en montagne ou dans la nature, le sport par lequel on cherche à se dépasser, à aller au-delà de soi-même pour connaître les sensations intenses du dépassement de soi comme les Jeux Olympiques d’hiver nous le montrent en ce moment : quelqu’un qui fait un exploit sportif est transfiguré de joie ! La musique, le chant, l’art, la création artistique, tout ce qui est artistique nous élève aussi vers plus grand que nous ; l’effort, tout effort par nature nous élève : quand on a fait un bel effort dans un domaine ou un autre, on se sent grandi, élevé ; une belle action nous donne un sentiment d’élévation : quand on fait quelque chose de bien, surtout si c’est difficile, comme on est heureux, comme on se sent grandi et ce bonheur transparaît sur notre visage. Pour être transfigurés, cherchons donc à nous élever par tous les moyens humains et spirituels possibles : plus on ressent de l’élévation intérieure, plus on rayonne, plus on extériorise le bonheur de cette élévation !
·         Pour être transfigurés, soyons capables de nous émerveiller devant tout ce qui est beau : les Apôtres en voyant Jésus Transfiguré sont émerveillés, émerveillés par l’éclat de son visage, par la splendeur de ses vêtements d’une blancheur sans pareille puisqu’ils ont la couleur de l’Éternité, émerveillés par le rayonnement de sa lumière, Saint Matthieu précisera : « Son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements blancs comme la lumière. » Oui admirons tout ce qui est beau, laissons-nous émerveiller par la beauté de la nature, des belles personnes, des belles actions, des belles liturgies… Quand on est émerveillé, ça se voit, on est rayonnant, on est transfiguré.
         Pour être transfigurés, goûtons tous les bons moments de la vie et notamment tous les moments forts où l’on se sent bien, bien avec soi, bien avec les autres, bien avec Dieu, en harmonie, en symbiose, en communion avec les autres, avec Dieu, avec nous-mêmes. Oui goûtons tous les bons moments de la vie qui nous font dire comme Pierre : « il est bon que nous soyons ici. Dressons trois tentes, c’est dire restons ici, profitons le plus longtemps possible de ce bon moment ! » Quelqu’un qui vit un bon moment et qui le dit, est pacifié, heureux, rayonnant, rayonnant d’une sérénité profonde, transfiguré par la paix et la sérénité qui l’habitent, par le bonheur qu’il goûte.
         Pour être transfigurés, ne restons pas seuls avec nous-mêmes, ni même seuls avec Dieu, prenons avec nous nos meilleurs amis, nos amis intimes, nos Pierre, Jacques et Jean à nous, ceux avec qui un partage spirituel profond peut se vivre. Quand on vit un partage spirituel profond avec des proches, des intimes à qui on peut se livrer en profondeur et qui se livrent eux-mêmes en profondeur, il se passe quelque chose, un courant spirituel circule des uns vers les autres, une ambiance spirituelle se crée, on sent alors que le Christ est là au milieu de nous, notre groupe n’est plus alors un groupe humain banal, il devient une communauté spirituelle, visage du Christ, corps du Christ, ensemble nous laissons transparaître le Christ dans l’ambiance spirituelle ainsi créée : c’est ce qui se passe avec les trois disciples réunis autour du Christ transfiguré.
         Pour être transfigurés, sachons aussi nous mettre à l’écart, nos poser, nous reposer, faire silence et même nous « endormir », c’est à dire nous abandonner entre les mains de Dieu, nous rendre totalement disponibles à Dieu pour qu’il fasse de nous ce qu’il veut. Le sommeil est dans la Bible l’état d’abandon total entre les mains de Dieu. Saint Marc ne le précise pas mais c’est saint Luc qui nous le dit : « Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus et les deux hommes à ses côtés… » Oui mettons en sommeil nos inquiétudes, nos peurs, nos réticences, tout ce qui nous empêche de nous abandonner à Dieu pour nous laisser aimer par Dieu, nous laisser conduire et transformer par Lui pour qu’il puisse transparaître à travers nous.
         Pour être transfigurés, mettons-nous à l’écoute du Christ comme la voix de Dieu nous le demande : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! »Écouter le Christ, ce n’est pas seulement l’entendre mais lui obéir, faire ce qu’il nous demande… Et ce qu’il nous demande il le dit dans le Sermon sur la montagne en proclamant les béatitudes, l’amour des ennemis, l’absolu du pardon et toute la Loi nouvelle de l’Amour sans limites : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ! » Soyons toujours à l’écoute du Christ en vivant l’Amour qu’il nous invite à vivre. Si on est habité par cet amour infini, cet amour nous transfigurera : quand on déborde d’amour, ça se voit, on rayonne.
·         Pour être transfigurés, laissons-nous saisir par tout ce qui nous surprend, nous étonne, nous dérange, nous dépasse, nous met face à plus grand que nous ! Face au Christ transfiguré et à la nuée qui les couvre de son ombre, Pierre se sent dépassé, il est saisi de « frayeur », non pas de peur mais de la sensation d’être plongé dans quelque chose de plus grand que ce qu’il peut supporter, il se sent tout petit, complètement dépassé. Acceptons, nous aussi, d’être parfois complétement dépassés par ce qui se passe, et laissons transparaître ce dépassement pour montrer que la vie et que Dieu seront toujours beaucoup plus que ce que nous pouvons en saisir et en dire.
         Enfin pour être transfigurés, relisons sans cesse notre vie pour nous situer dans la grande histoire sainte, pour nous situer par rapport à Moïse, à Élie, à Jésus, aux Apôtres, pour prendre conscience de notre place dans la grande chaîne des croyants, des témoins de Dieu qui ont tous été à leur manière des visages de Dieu. Si nous prenons conscience de notre place, de notre petite place dans la grande histoire sainte, alors nous serons fiers de ce que nous sommes : uniques aux yeux de Dieu ! Nous ne douterons plus de nous, nous serons fiers de notre valeur unique, et nous rayonnerons, nous laisserons transparaître ce que nous sommes comme Jésus a laissé transparaître sa gloire de Fils Bien-Aimé de Dieu le jour de sa transfiguration.
 
Pour être transfigurés avec Lui, montons donc sur la montagne en cultivant tous les moyens d’élévation possibles, soyons capables de nous émerveiller sans cesse, goûtons tous les bons moments de la vie, partageons notre vie spirituelle avec les autres, abandonnons-nous entre les mains de Dieu, écoutons le Christ, Fils Bien-Aimé du Père, laissons-nous saisir par ce qui nous dépasse et laissons transparaître ce que nous sommes aux yeux Dieu. Amen !
 
Père René Pichon