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28ème Dimanche du Temps Ordinaire - P. Pichon

C’est aujourd’hui le début de la semaine de prière pour les Missions et l’Évangile de ce dimanche, éclaire bien ce qu’est la mission qui nous incombe à tous, nous chrétiens. Certes il y a la Mission lointaine en Afrique, en Asie… pour laquelle sont appelés ceux qui ont la vocation missionnaire au sens traditionnel du terme mais il y a aussi évidemment la mission proche, ici, chez nous, à laquelle nous sommes tous appelés.
Qu’est-ce qu’être missionnaire ?
L’Évangile de ce dimanche nous donne une très belle réponse : être missionnaire, c’est inviter, inviter à un repas de noces....

 Retrouver le texte de l'homélie ICI


Homélie du dimanche 15 Octobre 2017

28ème dimanche du T.O.
Mt 22, 1-4
Ph. 4, 12-14-9-20
Is 25, 6-10a
 
            C’est aujourd’hui le début de la semaine de prière pour les Missions et l’Évangile de ce dimanche, éclaire bien ce qu’est la mission qui nous incombe à tous, nous chrétiens. Certes il y a la Mission lointaine en Afrique, en Asie… pour laquelle sont appelés ceux qui ont la vocation missionnaire au sens traditionnel du terme mais il y a aussi évidemment la mission proche, ici, chez nous, à laquelle nous sommes tous appelés.
                Qu’est-ce qu’être missionnaire ?
                L’Évangile de ce dimanche nous donne une très belle réponse : être missionnaire, c’est inviter, inviter à un repas de noces, au repas de noces du Fils de Dieu avec l’humanité, autrement dit c’est inviter à la Joie de l’Amour, à la Joie d’être aimé de Dieu et de l’aimer. Concrètement, être des missionnaires pour nous chrétiens, c’est inviter ceux qui nous entourent à nous rejoindre dans nos équipes, nos groupes, nos communautés en disant : « Viens avec nous goûter la joie d’aimer Dieu, la joie d’être aimé de Lui au point de recevoir sa vie, la joie de nous aimer les uns les autres dans une vraie amitié spirituelle animée par l’Esprit de Dieu ! » Être des missionnaires, ce n’est pas inviter à une morale faite d’interdits mais au bonheur d’aimer Dieu et d’aimer comme Dieu. Ce n’est pas inviter à une religion formelle où l’on accomplit des rites et récite des prières qu’on ne comprend pas, mais c’est inviter à de belles célébrations où l’on chante le bonheur de faire alliance avec Dieu, de se marier avec lui pour vivre sa vie !
                Le thème de la semaine missionnaire c’est : « Ensemble, osons la mission ! », je traduits : « Ensemble, osons inviter à la Joie d’être chrétiens ! »
                Mais comment être ces invitants, ces bons missionnaires ?
                Le Diocèse nous a envoyé récemment un document sur l’évolution de la conception de la mission dans l’Église de France ces vingt dernières années. Ce document met en lumière quatre types de mission possible, quatre manières d’être missionnaires, je voudrais vous les présenter en les schématisant pour que vous puissiez vous situer.
 
   On peut être missionnaire à la manière de ce que Jean Paul II a appelé la « nouvelle évangélisation », la manifestation publique de la Foi chrétienne. Jean-Paul II ne voulait pas que la foi soit cachée, enfouie, trop discrète mais au contraire qu’elle se montre, s’exprime publiquement. C’est pour cela qu’il a couru par monts et par vaux à travers le monde entier pour rassembler visiblement et publiquement des millions de chrétiens lors de ses voyages innombrables. À la suite de Jean-Paul II, tous les partisans de la nouvelle évangélisation et notamment les communautés nouvelles n’hésitent pas à organiser des missions d’évangélisation sur la place publique en chantant leur foi sur les marchés, sur les voies piétonnes ou autres lieux de passage des passants qui circulent en ville. Ils distribuent des tracts, des revues et interpellent ceux qui veulent bien les écouter et discuter avec eux de la foi. Pour oser cette mission publique, il faut être décomplexé et avoir du courage mais on peut reprocher à cette forme de mission de faire du prosélytisme, d’exercer une pression sur les gens, d’être trop voyante, de ne pas respecter le cheminement toujours lent et discret de ceux qui avancent dans la foi, et de réduire la foi  à un produit qu’on étale sur la place publique comme si on était des marchands de religion ! Personnellement, je pense que de temps à autre on doit de fait manifester publiquement notre foi mais pas systématiquement, on le fait par exemple quand on célèbre des messes en plein air, quand on organise des rassemblements chrétiens dans des salles publiques ou quand les Médias se font l’écho de nos réunions et de nos célébrations. Donc, pour être missionnaires dans notre monde actuel, manifestons publiquement notre foi mais discrètement et pas systématiquement.
 
   On peut être missionnaire non plus en allant sur la place publique comme je viens de le dire mais en sachant proposer la foi chrétienne à ceux encore nombreux qui viennent vers nous, à ceux qui viennent frapper à la porte de nos églises, de nos maisons paroissiales ou de nos presbytères. Il y a encore aujourd’hui plein de gens qui viennent vers nous avec toute sorte de demandes : baptêmes, mariages, sépultures, catéchèse, bénédiction de ceci ou de cela, entretiens, discussions… Accueillir toutes ces demandes souvent ambigues, ce n’est pas seulement y répondre, c’est les approfondir, les purifier, les transformer en proposant la foi chrétienne avec ses exigences. C’est ce que nous demandait il y a une vingtaine d’années le célèbre document des Évêques Français appelé « Rapport Dagens » et qui s’intitulait : « Proposer la Foi aujourd’hui ! » C’est ce que nous faisons dans nos équipes de baptêmes, mariages, sépultures, catéchèse, aumôneries, etc… : nous profitons des demandes de sacrement, d’éducation chrétienne des enfants et des jeunes etc… pour proposer la foi chrétienne, la faire découvrir ou redécouvrir dans ce qu’elle est vraiment alors que beaucoup de ces demandeurs en ont une conception limitée et parfois même fausse. C’est ce que nous avons fait samedi dernier dans notre paroisse à l’occasion de la rentrée paroissiale. Aux parents qui sont venus accompagnés leur enfant au caté, nous leur avons proposé de se réunir entre eux avec moi leur curé pour faire le point sur leur propre foi et pour envisager avec eux un cheminement dans la foi. Et nous leur avons proposé de vivre avec nous tous le temps communautaire en partageant avec nous la réflexion de l’après-midi, la célébration de l’eucharistie et le repas convivial de la soirée. C’est cela proposer la foi : à partir d’une demande précise que nous accueillons, nous invitons à approfondir la foi chrétienne et à rejoindre la communauté !
 
   On peut donc être missionnaire en allant la manifester publiquement ou en la proposant quand on vient vers nous, la troisième manière de vivre la mission à l’heure actuelle, c’est ce qu’on pourrait appeler l’accompagnement. Les théologiens qui étudient la pastorale de l’Église et son évolution nous disent qu’on est passé en quelques années de la « pastorale de l’encadrement » à « une pastorale de l’engendrement. » Autrefois dans la société chrétienne, l’Église, puissante et influente, encadrait la société. Elle était présente partout, dans tous les villages, toutes les villes et dans beaucoup d’institutions humaines et donnait un cadre de vie, des principes de vie, aux personnes et aux communautés. Quand elle parlait on l’écoutait, on la respectait. Cet encadrement a complètement explosé : aujourd’hui, peut importe ce que pense et dit l’Église, chacun pense ce qu’il veut, fait ce qu’il veut, vit comme il veut, se comporte comme  il veut, c’est le règne de l’individualisme. Mais cette grande liberté individuelle n’a pas que des avantages : les individus se sentent de plus en plus seuls, démunis, perdus car leur liberté tourne à vide : que penser ? Que croire ? Qu’y croire ? Sur quoi, sur qui construire sa vie ? De plus en plus de gens qui aujourd’hui se posent ce genre de question désirent être accompagnés, éclairés, soutenus dans leur démarche pour construire leur vie, et beaucoup parmi ceux-là se tournent vers l’Église, les catéchumènes notamment et ceux qu’on appelle les « recommençants ». Ils ont besoin de retrouver les bases de la foi car ils s’en sentent loin, ils veulent cheminer à leur rythme mais l’enfantement prend du temps, voilà pourquoi on parle de la pastorale de l’engendrement pour remplacer la pastorale de l’encadrement. Peu importent les mots, ce qu’il faut retenir de l’évolution actuelle, c’est le besoin d’être accompagnés pour avancer dans la réponse aux grandes questions existentielles qu’on se repose de plus en plus en notre temps et pour avancer dans la foi quand on voit qu’elle peut être la réponse à toutes nos grandes questions. Être missionnaires, c’est donc pour nous accompagner ceux qui ne posent des questions et ceux qui veulent découvrir on redécouvrir la vie chrétienne.
 
   Une quatrième manière d’être missionnaire en notre temps, c’est celle que nous propose le Pape François, c’est d’être une « Église de la sortie », une Église qui sort de ses sacristies, qui ouvrent ses portes et qui va vers les hommes non pas pour les ramener à nous mais pour être avec eux, pour être en relation avec eux, c’est la mission-relation ! On retrouve là ce que Jésus demandait aux 72 disciples qu’il envoyait en mission : il leur demandait d’aller vers les gens, de frapper à leurs portes en disant : « paix à cette maison », d’accepter d’être accueillis si la relation se créait, d’aller plus loin si la relation ne se faisait pas et de témoigner de la foi à travers la relation créée. Pour être missionnaires aujourd’hui, soyons-le en allant vers les autres, en créant avec eux des relations fortes d’amitié, d’échange, de partage. Si notre relation avec les autres est bonne, ils seront à l’aise avec nous et nous pourrons avec eux discuter de tout, de leurs questions, de leurs soucis, de leur vie, de leurs croyances et eux tout naturellement nous poseront des questions sur nous, notre foi, nos valeurs, nos raisons de vivre, de croire, d’espérer ! Plus notre relation avec les autres sera bonne, amicale, profonde, plus nous pourrons un jour ou l’autre, quand le moment sera favorable, leur dire : « viens avec nous, je t’invite à telle réunion, telle célébration, tel temps-fort d’amitié et de foi… viens goûter la joie de croire et d’aimer Dieu comme il nous aime ! »
 
Manifester publiquement notre foi, la proposer quand on nous fait une demande religieuse, accompagner ceux qui cherchent, aller vers tous quels qu’ils soient pour créer avec eux une belle relation humaine, quatre manières d’être missionnaires : manifester, proposer, accompagner, aller vers, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut choisir entre les quatre car il nous faut les vivre toutes et nous adapter sans cesse pour privilégier l’une ou l’autre suivant les circonstances. En fait la mission est une perpétuelle adaptation à ceux que l’on rencontre et St Paul, le plus grand missionnaire de tous les temps, nous l’a rappelé dans la deuxième lecture : « J’ai été formé à tout et pour tout… Je peux tout en celui qui me donne la force ! »
Que le Seigneur nous donne donc aujourd’hui la force d’être missionnaires, d’inviter sans cesse à goûter la joie de l’Amour de Dieu, en nous adaptant à tous et à tout !
Amen
Père René Pichon