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27ème Dimanche du Temps Ordinaire - P. Pichon

On entend souvent cette réflexion : « Je suis croyant mais pas pratiquant ! » ou alors on dit de quelqu’un : « lui, il n’est pas pratiquant mais c’est un croyant, un vrai croyant même ! » Personnellement je pense qu’on ne peut pas être un vrai croyant sans être pratiquant mais qu’est-ce que ça veut dire ?
La Réponse est dans les textes d’aujourd’hui et d’abord dans la lettre de St Paul aux Philippiens qui nous dit « Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique ! » Mettez-le en pratique, autrement dit : « pratiquez, soyez des pratiquants ! » Or, si l’on regarde de près ce que nous demande Paul en matière de pratique, on est étonné, il ne nous demande pas d’abord d’aller à la messe tous les dimanches, mais pour lui la pratique de la foi, c’est quatre choses ............

  Retrouver le texte de l'homélie ICI


 Homélie du dimanche 8 Octobre 2017
27ème dimanche du T.O.

Ph 4, 6-9
T 21, 33-43
 
            On entend souvent cette réflexion : « Je suis croyant mais pas pratiquant ! » ou alors on dit de quelqu’un : « lui, il n’est pas pratiquant mais c’est un croyant, un vrai croyant même ! » Personnellement je pense qu’on ne peut pas être un vrai croyant sans être pratiquant mais qu’est-ce que ça veut dire ?
            La Réponse est dans les textes d’aujourd’hui et d’abord dans la lettre de St Paul aux Philippiens qui nous dit « Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique ! » Mettez-le en pratique, autrement dit : « pratiquez, soyez des pratiquants ! » Or, si l’on regarde de près ce que nous demande Paul en matière de pratique, on est étonné, il ne nous demande pas d’abord d’aller à la messe tous les dimanches, mais pour lui la pratique de la foi, c’est quatre choses : c’est pratiquer la confiance totale en Dieu source de paix ; c’est pratiquer la prière ; c’est pratiquer la vertu ; c’est pratiquer ce qu’on apprend dans l’enseignement religieux.
 
        Être pratiquant, c’est pratiquer la confiance en Dieu : « Ne soyez inquiets de Dieu ! » dit Saint Paul, et pourtant on a mille raisons d’être inquiets quand on voit la violence gratuite et aveugle se déchaîner chaque jour comme cette semaine avec l’assassinat de deux jeunes filles à Marseille, avec la tuerie sauvage de         59 personnes à Las Vegas et tous les autres actes terroristes qui n’arrêtent pas partout dans le monde ; quand on voit les tentations indépendantistes et séparatistes se multiplier comme cette semaine en Espagne alors que, nous le savons tous, seule l’union fait la force et la paix surtout en un temps où tout se mondialise ; quand on voit dans notre société le chômage qui augmente encore, l’insécurité qui s’aggrave, le mal qu’on a tous à développer le vivre ensemble ; quand on voit pour nous chrétiens, la baisse justement de la pratique religieuse ou de la participation à la catéchèse des enfants et à l’aumônerie, des jeunes. Oui on a mille raisons d’être inquiets tant pour le monde que pour la société que pour l’Église et pourtant Saint Paul nous dit qu’il ne faut pas être inquiet, mais faire confiance en Dieu « pour que sa Paix qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir garde nos cœurs et nos pensées dans le Christ Jésus. » Pratiquer la foi pour Paul c’est donc d’abord faire confiance à Dieu, avoir tellement confiance en lui que sa Paix dépasse dans nos cœurs et nos pensées nos mille raisons d’être inquiets. Ces inquiétudes restent mais si on fait confiance à Dieu, on se dit qu’on arrivera à résoudre tous les problèmes qui nous inquiètent. Être un chrétien pratiquant, c’est donc montrer la paix, rayonner la paix du cœur et des pensées que donne la confiance en Dieu. On a les mêmes inquiétudes que ceux qui ne croient pas mais au lieu de nous affoler, de paniquer, on est en Paix car on croit que Dieu est avec nous, on sent que Dieu est avec nous et on est sûr que c’est Lui qui gagnera et non les forces du mal qui nous mettent dans l’inquiétude.
 
        Être pratiquant, c’est pratiquer cette confiance totale en Dieu, et c’est pratiquer la prière évidemment car la prière est l’expression de la confiance en Dieu. « En tout circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. » Être pratiquant, c’est aller à la messe bien sûr mais plus globalement c’est prier personnellement, c’est prier, comme le dit Saint Paul, en toute circonstance, donc tout le temps, c’est rendre grâce quand ça va bien, c’est supplier quand ça va mal et qu’on est dans l’épreuve et les difficultés plus ou moins insurmontables.
Pratiquons donc la prière à longueur de journées, dans toutes les circonstances de nos vies ordinaires.
 
        Être pratiquant, c’est pratiquer la vertu, la prendre en compte dit l’Apôtre, c’est à dire la prendre au sérieux, la mettre réellement dans notre vie. La vertu, c’est le bien, ce sont toutes les valeurs humaines et évangéliques, Saint Paul lui la définit ainsi : c’est « tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui digne d’être aimé et honoré. » Pratiquer la vertu, être vertueux, c’est donc être vrai, authentique, profond, et non menteur, tricheur, hypocrite, faux ; c’est être noble, grand, digne, et non petit, mesquin, médiocre, vulgaire, bas ;  c’est être juste, ajusté à Dieu, à sa volonté, à ce qu’il veut de nous ; c’est être pur, être totalement nous-mêmes, laisser apparaître le meilleur de nous-mêmes, comme une eau bien claire, laisser apparaître le fond de la rivière où elle s’écoule ;  c’est vivre tout ce qui mérite d’être aimé et honoré ; c'est-à-dire vivre dans l’amour, dans l’amour qui élève vers le haut, vers le ciel, vers Dieu. Être pratiquant c’est agir comme Dieu, se comporter comme lui, vivre ce qu’il vit pour lui ressembler, c’est donc l’affaire de toute notre vie, de tous les instants de notre vie. La pratique chrétienne ne se réduit pas à une heure de messe le dimanche mais elle s’étend à toute la vie, elle est l’effort permanent pour vivre comme Dieu toujours et partout.
 
        Enfin, pour Saint Paul, être pratiquant, c’est mettre en pratique tout ce qu’il enseigne et qu’il donne en exemple : « ce que vous avez appris et reçu, ce que vous vu et entendu de moi, mettez-le en pratique… » Voilà qui est clair et exigeant pour nous tous ; ce qu’on nous enseigne au catéchisme, dans les conférences religieuses, dans les homélies du dimanche, dans les temps de formation et dans toutes nos réunions chrétiennes et ce qu’on nous donne en exemple dans les témoignages des saints illustres comme dans celui des chrétiens de base anonymes que nous côtoyons, oui tout ce qu’on nous apprend et tout ce qu’on nous montre de la vie chrétienne ne doit pas rester pour nous un savoir, un objet de connaissance mais un faire et un être, un objet d’expérience. Être un chrétien pratiquant, c’est mettre en pratique ce qu’on nous enseigne et nous montre de la vie chrétienne, c’est faire descendre, comme le dit Saint François de Sales, « l’intelligence dans le cœur ». La foi chrétienne ne se réduit pas à la dimension intellectuelle : « j’admets l’existence de Dieu, je crois qu’il existe » mais elle s’étend à sa dimension existentielle : « J’existe comme Dieu, j’essaie d’exister comme lui en vivant comme lui. »
 
        Si Saint Paul nous donne aujourd’hui une définition étonnante de la pratique chrétienne, en insistant sur la pratique de la confiance en Dieu et de la prière, sur la pratique de la vertu et la mise en pratique de l’enseignement sur Dieu, l’Évangile de ce dimanche insiste sur  une autre dimension importante de la pratique chrétienne sur laquelle j’ai déjà beaucoup insisté dimanche dernier : la pratique communautaire. En nous racontant la parabole des vignerons qui ne veulent pas remettre au propriétaire le produit de la vigne, Jésus nous avertit durement : la vigne du Seigneur, c’est son peuple, plus concrètement la communauté chrétienne à laquelle nous appartenons, et nous, nous sommes les ouvriers, les vignerons qui doivent faire produire du fruit à la vigne, à la communauté et au peuple chrétien tout entier. Etre un chrétien pratiquant c’est donc être fidèle à notre communauté chrétienne, à notre paroisse et à toutes ses équipes, c’est nous engager pour qu’elle soit vivante et produise tous les fruits de l’Esprit, pour qu’elle montre concrètement au monde d’aujourd’hui ce qu’est une vie évangélique, ce que devient la vie quand elle est transformée et animée par le Christ Vivant. Si nous ne prenons pas au sérieux la vie communautaire, si nous ne faisons pas tout notre possible pour que notre communauté chrétienne soit une vigne fructueuse, Jésus risque de nous dire comme aux grands prêtres et aux anciens du Peuple : « Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits ! »
Ne nous contentons pas d’une belle pratique chrétienne individuelle en vivant dans la confiance en Dieu, dans la prière, dans la vertu, dans la mise en pratique de l’enseignement sur Dieu, mais pratiquons la communauté,  engageons-nous dans la  vie communautaire pour que nos communautés tout entières, mettent tout cela en pratique collectivement et visiblement comme Saint Paul le demandait à la communauté des Philippiens.
Amen !
Père René Pichon