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26ème Dimanche du Temps Ordinaire - P. Pichon

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 Homélie du dimanche 1er Octobre 2017
Ph 2, 1-11
Mt 21, 28-32
 
            C’est à chacun de nous que le Seigneur dit ce matin : « Mon enfant, va travailler à ma vigne ». Ne soyons ni le premier des fils qui dit « non » et finit par y aller, ni le deuxième qui dit « oui » et n’y va pas, soyons de ceux qui disent « oui » et y vont. Mais qu’est-ce que travailler à la vigne du Seigneur ?
            Saint Paul nous répond dans la deuxième lecture, sa lettre aux Philippiens : travailler à la vigne du Seigneur, c’est construire une vraie communauté chrétienne vivant pleinement les valeurs de l’Évangile pour être au milieu des hommes le visage du Christ Vivant et donner l’envie à d’autres de le connaître et de l’aimer.
            Comment travailler nos communautés chrétiennes et d’abord notre paroisse pour qu’elle soit le visage du Christ Vivant ?
            Je le répète souvent : il y a un vrai problème dans nos communautés chrétiennes actuelles car elles ne sont plus stables. La vie moderne nous pousse tous à avoir une vie de plus en plus éclatée et de plus en plus dispersée au point qu’on peut se demander par exemple si nos paroisses sont encore des communautés ou sont devenues des lieux de self-service. Pour compenser cette dispersion et cet éclatement, il y a à mon avis une seule solution : favoriser les temps communautaires où les paroissiens encore motivés par la construction d’une vraie communauté acceptent de passer un temps plus long que celui d’une célébration pour créer entre eux des liens fraternels et spirituels. C’est ce que nous avons fait dimanche dernier avec la marche vers le Mont St Michel, la messe près de la chapelle et le repas partagé sur place. C’est ce que nous ferons samedi prochain 7 Octobre en nous retrouvant dès 11h à la Maison Saint Vincent rénovée que notre évêque bénira et en vivant ensemble dès 15h30 un après-midi de rentrée paroissiale avec des temps de discussion, la messe et le repas partagé. C’est surtout ce que nous vivrons le dernier week-end d’Octobre à Ars avec notre temps fort inter-générations : c’est urgent de s’inscrire car nous sommes moins nombreux que l’année dernière et c’est vraiment dommage : si on ne peut passer ensemble au moins un week-end dans l’année et si vous n’arrivez pas à vous libérer au moins un week-end dans l’année pour être avec vos deux prêtres, Jérôme et moi, je me demande vraiment si nous faisons encore communauté. Alors oui essayons de faire le maximum pour vivre ensemble des temps communautaires, pour que nos paroisses restent des communautés chrétiennes vivantes et visibles dans une société où l’Église est de plus en plus marginalisée et insignifiante !
 
        Voilà pour la forme, mais pour le fond, c’est St Paul qui nous dit ce qu’est, ce que devrait être une vraie communauté vivant l’Évangile : « c’est une communauté où « l’on se réconforte les uns les autres… où l’on s’encourage avec amour… où l’on est en communion dans l’Esprit… où l’on a les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; où l’on recherche l’unité en n’étant jamais ni intrigants ni vaniteux mais en ayant assez d’humilité pour estimer les autres supérieures à nous-mêmes.. où l’on n’est pas préoccupé de ses propres intérêts mais de ceux des autres, où l’on a ensemble les mêmes dispositions que celles du Christ… » Quel vaste programme et que veut-il dire concrètement pour chacun de nous. Je voudrais vous donner maintenant l’interprétation des paroissiens réunis mardi.
        « Nous réconforter les uns les autres c’est nous entr’aider… être à l’écoute les uns des autres… comprendre l’autre… nous consoler, nous redonner le moral… compatir, nous sentir solidaires… oser dire ce qu’on pense aux autres, qu’on prie pour eux… Nous renforcer, nous rendre plus forts les uns les autres… » Évidemment pour en arriver là, il faut déjà de sacrés liens, donc beaucoup de temps communs passés ensemble pour se connaître, connaître les problèmes des autres et oser les résoudre pour ce réconfort mutuel.
        « Nous encourager avec amour », ça va encore plus loin que le simple réconfort mutuel car l’encouragement ne se vit pas seulement dans les moments difficiles mais dans les bons moments : il consiste à voir le positif chez les autres, et à les inviter à faire encore mieux et à aller plus loin, à leur montrer qu’on croit en eux, à les stimuler avec délicatesse pour qu’ils aillent de l’avant !
        « La communion dans l’Esprit », c’est encore mieux que le réconfort et l’encouragement mutuels parce que c’est avoir la conscience commune que l’Esprit est en nous, en tous et en chacun, qu’il nous porte tous et nous aide tous à porter ses fruits. La communion dans l’Esprit, c’est beaucoup plus qu’un groupe humain où règne un bon état d’esprit, une bonne ambiance, c’est l’expérience spirituelle des communautés qui ont conscience que l’Esprit Saint les habite et les porte.
        « La tendresse et la compassion » ajoutent à mon avis une dimension affective à cette communion dans l’Esprit. Dans une vraie communauté chrétienne, il doit y avoir une réelle affection, des relations spirituelles mais aussi affectives entre ses membres, et c’est pourquoi Paul précise : « ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments, recherchez l’unité. » L’unité d’une communauté chrétienne, c’est le même état d’esprit donné par l’Esprit Saint, et c’est cette même affection, ces mêmes sentiments, ce même amour entre tous. Quel bel idéal ! Mais est-il accessible ?
        Quand on voit nos communautés, on est loin de ce bel idéal, les Philippiens à qui s’adresse Paul en étaient certainement aussi assez loin. Par contre, pour tendre vers cet idéal, Saint Paul donne des moyens concrets accessibles à tous et d’abord celui-ci : « ne soyez jamais intrigants ni vaniteux mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous. » Là encore je redis ce que m’ont dit les paroissiens mardi soir : « ne cherchez pas la petite bête… Ne semez pas la zizanie… ne mettez pas la division… ne dites pas les mots qui fâchent… Ne cherchez pas à vous servir des autres… bref ne soyez pas intrigants… ! Et ne soyez pas vaniteux en restant modestes, en ne vous prenant pas pour meilleurs que les autres, en ne répétant pas : « Moi… je… Moi… je !... », en voyant que les autres sont supérieurs à vous en ce sens qu’ils ont des qualités qu’ils ont beaucoup à vous apprendre, que vous avez besoin d’eux… »
        « Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts, pensez aussi à ceux des autres… » Pour qu’il y ait une vraie communauté, il ne faut pas simplement éviter ce qui la détruit, mais développer ce qui la construit et la première des choses c’est le décentrement de soi, c’est faire passer les autres avant soi, leurs intérêts et l’intérêt de la communauté avant les nôtres, c’est faire passer le nous avant le « moi…je », c’est dire, comme notre ancien Évêque Mgr Feidt le répétait, non pas « je n’ai pas besoin de la communauté, je m’en passe bien » mais « la communauté a besoin de moi, ne peut pas se passer de moi ! »
        Voilà donc ce beau programme communautaire vers lequel nous devons tendre mais attention : si Saint Paul nous invite à vivre le réconfort et l’encouragement mutuels, la communion dans l’esprit et l’unité effective et affective, ce n’est pas pour nous donner une belle morale communautaire c’est pour qu’ensemble nous imitions le Christ, c’est pour que nos communautés soient chrétiennes, soient le visage du Christ Vivant. Son appel n’est pas un appel à une morale mais à une spiritualité commune. Tout ce qu’il nous demande c’est d’imiter ensemble le Christ en ne nous mettant pas au-dessus des autres mais au service des autres comme lui l’a fait en se faisant proche de tous jusqu’à être proche de ceux qui souffrent et meurent. Une vraie communauté chrétienne c’est donc une communauté où l’on se fait proche les uns des autres, le plus proche possible les uns des autres en se réconfortant les uns les autres en s’encourageant mutuellement, en s’unissant toujours plus dans l’Esprit de Dieu et l’affection fraternelle.
        Pas de vie chrétienne sans vie communautaire : acceptons aujourd’hui cette conversion à faire en un temps où l’individualisme est roi et nous mène tous par le bout du nez. Les prêtres, les anciens du peuple, les pharisiens ont raté leur rendez-vous avec Jésus, le Dieu de l’Amour, parce qu’ils n’ont pas voulu sortir de leur conformisme légaliste, de leur vision d’un Dieu réduit à sa loi. Ne ratons pas nous-mêmes le rendez-vous avec Jésus, le Dieu dont chaque communauté doit être le visage : sortons de notre conformisme individualiste pour travailler à la vigne du Seigneur en bâtissant de vraies communautés chrétiennes.
Amen
Père René Pichon