Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

Document Actions

23ème Dimanche du Temps Ordinaire - P. Pichon

Pas facile, impossible même de mettre en pratique l’Évangile de ce dimanche surtout le début qu’on intitule ordinairement « la correction fraternelle ! » Et en même temps comme c’est beau, comme c’est réconfortant d’entendre la fin de l’Évangile où Jésus nous explique la beauté et la force de la communauté chrétienne. C’est souvent comme ça quand on écoute Jésus : il y a des moments où on dit : « Quelle Bonne Nouvelle, c’est magnifique, c’est super ce qu’il nous dit, ce qu’il nous promet, et même ce qu’il nous demande. » Et puis il y a d’autres moments où on se dit : « C’est impossible ! C’est impossible par exemple de tendre la joue ......

 Retrouver le texte de l'homélie ICI

 Homélie du dimanche 10 Septembre 2017
Mt 18, 15-20
 
 
            Pas facile, impossible même de mettre en pratique l’Évangile de ce dimanche surtout le début qu’on intitule ordinairement « la correction fraternelle ! » Et en même temps comme c’est beau, comme c’est réconfortant d’entendre la fin de l’Évangile où Jésus nous explique la beauté et la force de la communauté chrétienne. C’est souvent comme ça quand on écoute Jésus : il y a des moments où on dit : « Quelle Bonne Nouvelle, c’est magnifique, c’est super ce qu’il nous dit, ce qu’il nous promet, et même ce qu’il nous demande. » Et puis il y a d’autres moments où on se dit : « C’est impossible ! C’est impossible par exemple de tendre la joue gauche quand on nous frappe sur la joue droite, c’est impossible d’aimer nos ennemis : qui peut aimer les terroristes par exemple, les preneurs d’otages, les kidnappeurs et les assassins d’enfants ! C’est impossible de toujours pardonner, de pardonner 70 fois 7 fois, ce sera l’Évangile de dimanche prochain, car souvent on a beau essayer on n’y arrive pas ! C’est impossible d’être parfait comme Dieu le Père est parfait… »
Oui ce que nous demande Jésus est souvent à priori impossible à mettre en pratique et c’est bien le cas à propos de la correction fraternelle qu’il nous demande de pratiquer entre nous.
« Si ton frère a commis un péché contre toi va lui faire des reproches seul à seul. » Qui de nous se sent capable d’aller faire des reproches à quelqu’un en lui disant : « C’est mal ce que tu as fait, tu as commis un péché, repens-toi, corrige-toi, change de comportement ! «  Cet autre va sûrement nous envoyer promener : « de quoi tu te mêles, corrige-toi toi-même. Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans mon œil alors que tu ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? » Oui c’est difficile et c’est souvent malvenu de faire la morale aux autres !
            « S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. » Alors là, c’est encore plus difficile et plus malvenu. Si on va chercher deux ou trois personnes pour corriger quelqu’un qui s’est mal comporté, ce dernier va nous dire : « Tu me mets la pression, c’est insupportable, c’est de l’acharnement… » Ou alors « Tu n’es pas bien courageux, tu as besoin d’autres personnes pour me dire ce que tu as à me dire. Vas-t-en d’ici, mêle toi de ce qui te regarde ! »
            « S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ! » Alors là c’est encore pire : qui de nous va dénoncer publiquement, devant la communauté, quelqu’un qui a commis une faute. La dénonciation publique, c’est impossible car ce n’est pas moral, ce n’est pas chrétien en tout cas.
            Aujourd’hui Jésus nous met donc dans l’embarras avec son invitation à la correction fraternelle et pourtant, s’il nous demande ça, c’est bien pour qu’on essaie de le vivre ! Comment ?
            La première chose à vive, c’est déjà de nous sentir responsables des autres ! Dieu nous a créés non pas indépendants les uns des autres mais solidaires les uns des autres. Il ne faut donc pas êtres indifférents aux autres en disant par exemple : « Peu importe ce que font les autres, ça ne me regarde pas et je n’ai pas à m’en mêler ! » Non il faut nous dire chacun « Je veux aider les autres à être meilleurs, à progresser sur tous les plans, à mieux vivre toutes les valeurs de l’Évangile ! »
            Conscients de cette responsabilité que nous avons tous à l’égard de nos frères, la meilleure manière de les aider à devenir meilleurs, ce n’est pas de leur faire la morale, encore moins de les juger, de les condamner, de les sanctionner, c’est  à mon avis de les encourager et de les inviter dans nos groupes et nos communautés où, j’espère, ils se sentiront portés vers le bien, le mieux, vers Dieu ! C’est ce que j’appelle personnellement la correction fraternelle positive bien différente de la correction négative, de la leçon de morale.
            Quand quelqu’un a un mauvais comportement, ne soyons pas indifférents mais ne cherchons pas non plus à lui faire la morale car ça passera mal, je viens de le dire tout à l’heure ; ce que nous devons faire d’abord, c’est de voir tout ce qu’il fait de bien par ailleurs, tout ce qu’il y a de bien chez lui et de le lui dire en le félicitant, en l’encourageant : « c’est bien ce que tu fais, ce que tu es, continue, je t’admire…. » Et sur la lancée de cette vision positive dynamisante, on peut alors ajouter : « Mais tu ferais encore mieux, tu serais encore mieux si tu faisais ceci, cela, si tu étais comme ceci, comme cela ! C’est la méthode des coaches sportifs : les entraîneurs sportifs corrigent les défauts de leurs élèves mais en les encourageant et d’abord, en les dynamisant : « allez ! Vas-y ! Tu peux faire mieux ! Tu vas y arriver ! t
Tu peux progresser ! »
            Pratiquons donc à l’égard des autres cette correction fraternelle positive en les encourageant à faire toujours mieux plutôt que de les juger pour ce qu’ils font de mal. Et ensuite, deuxième manière de pratiquer la correction fraternelle positive, invitons-les à faire partie de nos groupes chrétiens et de nos communautés chrétiennes pour qu’ils se sentent portés par une ambiance amicale et spirituelle vers le mieux, vers dieu, vers les valeurs évangéliques.
            Là encore, c’est comme dans le sport : si on est dans un bon club avec une super-ambiance d’effort et d’amitié on va être porté, on va se transcender facilement, on va faire ce que tout seul de notre côté on ne peut pas faire. C’est comme ça que j’interprète l’invitation de Jésus à faire intervenir 2 ou 3 personnes et même l’assemblée chrétienne pour corriger les pécheurs, les aider à devenir meilleurs. Oui si dans nos groupes de caté, d’aumônerie, de partage de la parole, si dans nos équipes de vie chrétienne, si dans nos paroisses et toutes nos communautés chrétiennes, il y a vraiment une ambiance de foi, de prière, de prise au sérieux des valeurs chrétiennes, si quand on est ensemble on sent qu’on célèbre les valeurs chrétiennes qu’on vit tous effectivement, alors ceux qui se sentent loin de tout ça ou opposés ou réticents auront eux-mêmes l’envie de vivre ce qu’on vit grâce à Dieu, ils se sentiront portés à le vivre et ils corrigeront eux-mêmes leur vie, ils changeront eux-mêmes de vie grâce à l’envie de vivre autrement qu’on le leur aura donnée et non grâce à des reproches ou des leçons de morale qui les rebutent !
            La correction fraternelle positive n’est donc possible que dans les communautés chrétiennes vraiment fraternelles où l’on sent que l’on s’aime, que l’on est responsable et solidaire les uns des autres, où l’on sent que Dieu est là, qu’il y a une ambiance vraiment spirituelle. Ce genre de groupes et de communautés chrétiennes est possible et réalisable car Jésus nous promet d’être avec nous pour les réaliser, il suffit donc de croire qu’il est avec nous et de s’ouvrir ensemble à lui pour qu’il nous porte tous. C’est ce qu’il nous dit à la fin de l’Évangile d’aujourd’hui et c’est réconfortant, ça nous donne de la joie et plein d’espérance : « Si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoique ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »
            Qu’il est bon d’entendre cette belle promesse de Jésus en ce début d’année scolaire et pastorale. Toutes nos équipes de caté, d’aumônerie, de réflexion,  de prière, tous nos mouvements et associations chrétiennes, toutes nos communautés et d’abord notre communauté paroissiale, tous nous allons reprendre notre rythme de rencontres habituelles. Puisque le Seigneur est avec nous, au milieu de nous, faisons-lui confiance pour qu’il nous aide à ne pas vite tomber dans la routine, le ronron habituel où l’on se contente de faire fonctionner le système pastoral en place, de faire machinalement comme on a toujours fait en répétant éternellement les mêmes choses. Oui Jésus au milieu de nous, de nos petites équipes de deux ou trois comme de nos grandes assemblées, nous aide à nous encourager les uns les autres et à nous porter les uns les autres vers la Foi, l’Espérance et la Charité, vers les plus belles valeurs évangéliques, vers une vraie vie chrétienne personnelle et collective. Puissions-nous dans tous nos groupes petits ou grands non pas nous demander : « Est-ce que ça marche bien ? » mais : « Est-ce qu’on devient meilleurs, plus chrétiens, les uns et les autres, grâce aux uns et aux autres ? » Amen !
 
Père René PICHON