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21ème Dimanche du Temps Ordinaire - P. Pichon

Si nous sommes là rassemblés ce soir (ce matin), c’est parce que nous avons la foi mais notre foi est-elle solide, solide comme de la pierre, solide comme la foi de Pierre à qui Jésus dit dans l’Évangile de ce dimanche : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ! »
Nous sommes à une époque où tout est fragile, où tout se fragilise : la famille, le couple, le travail, les rapports sociaux, les individus, les psychologies : que de fragilités psychologiques autour de nous ! Tout se fragilise à l’heure actuelle dans une société très dure et très complexe, et la foi fait partie de toutes ces choses qui se fragilisent : beaucoup de nos contemporains doutent ou se disent agnostiques en ne sachant plus s’ils ..............

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 Homélie du dimanche 27 Août 2017
Mt 16, 13-20
 
            Si nous sommes là rassemblés ce soir (ce matin), c’est parce que nous avons la foi mais notre foi est-elle solide, solide comme de la pierre, solide comme la foi de Pierre à qui Jésus dit dans l’Évangile de ce dimanche : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ! »
            Nous sommes à une époque où tout est fragile, où tout se fragilise : la famille, le couple, le travail, les rapports sociaux, les individus, les psychologies : que de fragilités psychologiques autour de nous ! Tout se fragilise à l’heure actuelle dans une société très dure et très complexe, et la foi fait partie de toutes ces choses qui se fragilisent : beaucoup de nos contemporains doutent ou se disent agnostiques en ne sachant plus s’ils croient encore un peu ou pas ; beaucoup de croyants autrefois fidèles à la pratique religieuse ont décroché ; et de plus en plus de gens se disent indifférents ou même disent qu’ils se passent bien de la foi et qu’on peut bien vivre sans la foi ! Dans ce contexte, comment avoir une foi solide ? Et d’abord qu’est-ce qu’une foi solide ?
            D’après l’Évangile de ce dimanche, on peut dire que ces trois mots caractérisent une foi solide, solide comme la foi de Pierre : la foi solide est relation, révélation et libération.
 
·         La foi solide, c’est la foi-relation. Avec les paroissiens réunis mardi soir pour partager sur cet Évangile, nous avons défini la foi chrétienne comme « une relation personnelle et communautaire avec le Christ Vivant nous appelant chaque jour à vivre de sa vie d’Amour. »
Quand Jésus interroge ses disciples, donc chacun de nous en disant : « Et vous, que dites-vous ? » Pour vous, qui suis-je ? » Il ne nous demande pas comme réponse la réponse de notre catéchisme ou la réponse de notre credo ou la réponse de notre religion, il nous demande une réponse personnelle, une prise de position personnelle, la réponse de notre cœur, de notre vie intérieure, de notre expérience spirituelle intérieure. Pierre a bien compris la question de Jésus et sa réponse jaillit de son cœur, de son attachement personnel intérieur à Jésus : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant », autrement dit : « Tu es celui que j’aime par-dessus tout ; tu es celui que je veux suivre pour vivre la vie de Dieu, une autre vie que la vie humaine ; tu es celui que Dieu envoie vers les hommes pour les sauver, leur faire vivre la vie même de Dieu. »
Avoir la foi solide de Pierre, c’est donc nous sentir en relation vivante avec le Christ, nous attacher de l’intérieur à lui en essayant de vivre concrètement de sa vie d’Amour ! La foi solide, c’est vivre une relation affective et effective avec le Christ Vivant ! Affective : j’aime, j’essaie d’aimer le Christ plus que tout autre chose ! Effective : je m’attache tellement au Christ que je le suis, que je me laisse entraîner par lui, que j’arrive à vivre de sa vie d’amour.
Cette foi-relation c’est la foi moderne qu’on voit se développer aujourd’hui. On dit que notre époque vit une grande crise de la foi, à mon avis c’est faux : ce qui est en crise c’est la religion, la manière de célébrer la foi, mais pas la foi car la foi, la vraie foi, la foi-relation, la foi-attachement solide au Christ commence seulement à se développer en nous et autour de nous.
La foi moderne, la foi-relation vivante avec le Christ vivant se développe en nous ici présents, autour de nous et nous connaissons tous des témoins qui vivent vraiment cette foi, mais il y a quand même un problème : trop souvent nous gardons cette foi personnelle en nous, nous la cachons même, alors qu’elle est faite pour être partagée, pour être vécue en communauté. Si Pierre est le premier à prendre la parole pour répondre à la question de Jésus, c’est parce qu’il est responsable de la communauté des disciples. Et si Jésus lui dit : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église », c’est pour lui dire : ta foi est parfaite, c’est bien, mais maintenant partage-la avec l’Église, ma communauté, la communauté des croyants ! »
Ne disons donc pas comme beaucoup de chrétiens à l’heure actuelle : « Je crois au Christ mais ma foi est personnelle, elle ne regarde que moi ! » Non disons plutôt : « La foi au Christ, c’est tellement beau, c’est tellement fort, ça change tellement la vie que j’ai envie de la partager avec d’autres et en même temps j’ai besoin des autres croyants pour enrichir la mienne, la stimuler, la faire grandir ! »
Faisons donc communauté pour que notre foi demeure toujours plus solide. Faisons communauté en vivant ensemble de belles célébrations, de belles réunions d’échange où l’on discute et partage notre foi, en vivant ensemble des temps d’amitié, de convivialité, ou des temps-forts spirituels plus longs qu’une simple messe ou une simple réunion. J’insiste beaucoup vous le savez sur  la nécessité pour les Chrétiens de faire ou de refaire communauté aujourd’hui car la communauté ça se voit tandis que la foi personnelle, surtout si on la cache au fond de soi, ça ne se voit pas. Dans notre société pluriculturelle, plurireligieuse, si on ne veut pas que la foi chrétienne disparaisse, il faut que les communautés chrétiennes apparaissent visibles et témoignent visiblement de la joie de croire au Christ.
·         La foi solide, c’est donc cette relation personnelle et communautaire avec le Christ Vivant nous appelant à vivre aujourd’hui et chaque jour de sa vie d’Amour mais comment avoir cette foi ? Jésus nous répond en disant à Pierre que c’est un cadeau de Dieu, une révélation de Dieu : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux ! »
La foi chrétienne, la foi solide, relation solide avec le Christ Vivant, n’est pas le fruit d’une réflexion humaine, encore moins le résultat d’une démonstration intellectuelle, c’est une révélation de Dieu, une grâce de Dieu, un cadeau de Dieu qui nous donne son Fils, qui ouvre notre cœur par son Esprit pour reconnaître et accueillir ce don. Concrètement pour accueillir ce cadeau de la foi chrétienne, il faut, comme les paroissiens présents me l’ont dit mardi soir, « nous laisser toucher par Dieu quand il frappe à notre porte… quand il vient vers nous dans des moments de grâce… quand il nous donne des émotions spirituelles, le sentiment ou plutôt la sensation de sa Présence, quand il devient une évidence parce qu’il se passe en nous quelque chose de si fort, de si intense qu’on ne peut que dire comme Saint Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu !  C’est toi le Seigneur, je te reconnais, je t’accueille en moi ! »
Beaucoup parmi nous ont déjà fait cette expérience spirituelle de Dieu qui se révèle à nous et se donne en cadeau mais bien sûr, il y a aussi des moments de nuit, de sécheresse, de désert où Dieu semble lointain et absent et où on ne ressent plus rien. Et puis surtout il y a tous ceux qui autour de nous nous disent : « Moi je n’ai jamais rien ressenti, moi je n’ai jamais eu de révélation… Tu as de la chance de croire, au moins tu sais à quoi te raccrocher pour donner du sens à la vie et avoir de l’Espérance, moi je voudrais bien croire, que faire pour avoir la foi ? »
Je vous donne là encore la réponse de ceux qui ont partagé sur l’Évangile mardi soir. Voilà ce qu’ils m’ont dit :
A quelqu’un qui ne croit pas et qui voudrait croire, il faut répondre :
« Désire croire et tu finiras par croire… Cherche avec ton cœur et dans ton cœur et non pas avec la tête et dans ta tête. Travaille ta disponibilité intérieure, sois tout entier dans l’ouverture intérieure.
Vis le manque, ressens le manque… et Dieu finira bien par venir le combler. Abandonne-toi à tout ce qui se passe en toi…
Travaille ta vie intérieure, cultive ta vie intérieure dans une société où seul compte l’extérieur, l’apparence et c’est bien pour cela qu’on a du mal à trouver la foi. »
Et puis certains ont proposé des mesures plus radicales.
« N’attends pas d’avoir la foi pour pratiquer, mais pratique pour avoir la foi, pratique le silence, la méditation, l’amour, les valeurs que tu connais, pratique même la religion, ce que demande la religion… et la foi finira par t’être donnée. N’attends pas que la foi te tombe dessus mais pratique-la pour l’avoir. »
Quelqu’un a même dit que pour avoir la foi il fallait décider de l’avoir en nous rappelant ce conseil percutant, voire choquant : « Crois, la foi viendra après ! »
Pour avoir la foi, pour la cultiver, n’hésitons pas à employer parfois la méthode forte, des mesures un peu radicales pour nous ouvrir au don de Dieu !
·         La foi solide est donc relation, révélation et enfin libération :
« Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans le cieux, tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux ! »
La foi nous libère parce qu’elle nous lie à Dieu et aux autres  dans l’amour : quand on aime, et se sent aimé des autres et de Dieu, quelle liberté, quelle libération intérieure.
La foi nous libère en nous liant à Dieu et aux autres et en nous déliant de tout ce qui nous emprisonne aujourd’hui et la liste est longue de nos prisons modernes. La foi-relation, la foi solide qui nous met en communion d’amour avec Dieu et avec les autres nous délie, nous libère de toutes nos addictions qui nous enferment et il y en a plein à l’heure actuelle ; elle nous libère du bruit et de l’agitation moderne qui nous assomment, de l’Argent-Roi qui mène le monde et nous mène par le bout du nez, du culte de l’apparence qui nous réduit à notre image extérieure ; elle nous libère de la matérialité qui nous étouffe, des idoles, des stars sportives ou artistiques qu’on divinise pour qu’on se jette à leurs pieds ; elle nous libère des images négatives qu’on a de nous-mêmes et de tous nos blocages qui nous paralysent.
Puisque la foi chrétienne est celle relation d’amour qui nous libère soyons fiers de la vivre, ardents pour la travailler et la solidifier en nous et heureux d’en être les témoins dans notre monde moderne.
Amen                                                                                                                         Père René Pichon