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18ème Dimanche du Temps Ordinaire - P. Pichon

Êtes-vous un vrai français ou un vrai chrétien ?

· Un vrai français, nous avons cette réputation, râle tout le temps, rouspète tout le temps, n’est jamais content, passe son temps à se plaindre. Il ressemble au peuple juif qui « récrimine » à longueur d’années comme nous le dit la première lecture : « En ces jours-là, dans le désert, toute la communauté des Fils d’Israël ‘récriminait’ contre Moïse et son frère Aaron. » Que s’est-il donc passé ! Délivrés de l’esclavage d’Égypte, les Hébreux auraient pu goûter la joie d’être libres et rendre grâces à Moïse leur libérateur ! Au lieu de cela, ils passent leurs temps à râler : ils ont soif, il n’y a pas d’eau dans le désert, c’est évident. À force d’entendre son peuple rouspéter, Moïse intervient. Avec foi, avec confiance, il frappe de son bâton le rocher, et l’eau jaillit !... .................

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Homélie du dimanche 5 Août   2018
Ex 16, 2-4, 12-15
Ep 4.17, 20-24
Jn 6, 24-35
 
            Êtes-vous un vrai français ou un vrai chrétien ?
 
        Un vrai français, nous avons cette réputation, râle tout le temps, rouspète tout le temps, n’est jamais content, passe son temps à se plaindre. Il ressemble au peuple juif qui « récrimine » à longueur d’années comme nous le dit la première lecture : « En ces jours-là, dans le désert, toute la communauté des Fils d’Israël ‘récriminait’ contre Moïse et son frère Aaron. » Que s’est-il donc passé ! Délivrés de l’esclavage d’Égypte, les Hébreux auraient pu goûter la joie d’être libres et rendre grâces à Moïse leur libérateur ! Au lieu de cela, ils passent leurs temps à râler : ils ont soif, il n’y a pas d’eau dans le désert, c’est évident. À force d’entendre son peuple rouspéter, Moïse intervient. Avec foi, avec confiance, il frappe de son bâton le rocher, et l’eau jaillit !... Désaltérés les Hébreux au lieu de remercier Moïse viennent récriminer auprès de lui : ils ont faim et se mettent à lui dire : « Ah, il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d’Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé. » Une fois de plus Moïse intervient auprès de Dieu qui lui répond : « Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous. Le peuple sortira pour recueillir chaque jour sa ration quotidienne… » Et Dieu fait pleuvoir sur Israël la Manne !... Mais là encore ce n’est pas suffisant : le pain c’est bien mais la viande, c’est mieux, le peuple se met donc à râler une fois de plus…jusqu’à ce que Dieu envoie un vol de cailles recouvrir le camp… On boit, on mange, sans pour autant remercier Dieu, Moïse et Aaron… Et voilà qu’il y a un autre problème : les serpents, nombreux dans le désert, se mettent à mordre un bon nombre d’Hébreux qui s’en prennent une nouvelle fois à Moïse. Patiemment, Moïse au lieu d’envoyer promener les râleurs dresse un serpent d’airain dans le camp et miracle : dès que quelqu’un est piqué, il lui suffit de regarder le serpent d’airain, et c’est la guérison immédiate…
Sommes-nous comme le Peuple de Dieu dans le désert toujours en train de râler au lieu de remercier, ou sommes-nous au contraire de vrais chrétiens, toujours en train de remercier pour ce qui est beau, bien, bon, vrai… en nous, dans les autres, dans le monde ? C’est ce qu’on appelle la gratitude, que conseillent de plus en plus de psychologues et de psychothérapeutes. Si on sait remercier, la vie devient tout de suite plus agréable pour nous et pour les autres. Apprenons donc à remercier mais remercier qui et remercier pour quoi ?
 
        Apprenons à remercier Dieu d’abord : c’est par Lui que nous existons, c’est par Lui que nous réussissons ce que nous réussissons. Nos réussites sont certainement dues à notre travail, à nos efforts… mais s’il n’y avait pas eu Dieu avec nous pour rendre fécondes et fructueuses nos actions, elles n’auraient pas abouti. C’est cela la foi chrétienne : « tout faire comme si tout dépendait de nous, et tout accueillir comme si tout dépendait de Dieu » Remercions Dieu pour tout ce que nous réussissons et remercions-le aussi pour la force et le soutien qu’il nous a donnés dans toutes nos épreuves. Qui n’a pas dit un jour : « Si j’ai tenu le coup dans cette terrible épreuve qui m’est tombée dessus, ce n’est pas grâce à moi car j’étais effondré, désespéré, anéanti… mais une force intérieure m’a fait tenir debout. Ce n’est pas moi, c’est Dieu : merci mon Dieu ! » Remercions Dieu pour nos réussites, pour nos épreuves surmontées, et surtout, comme nous le dit l’Évangile de ce dimanche, pour ses signes. Dans l’Évangile de ce dimanche, Jésus reproche aux gens de ne pas voir les signes qu’il fait : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés… » Oui c’est cela : le plus de mercis à dire à Dieu c’est le merci pour ses signes. Par des rencontres, par des évènements où il se passe quelque chose, où l’on sent qu’il n’y a pas que de l’ordinaire, du naturel, du hasard mais de l’extraordinaire, de l’inexplicable, du mystérieux, Dieu nous dit qu’il est là, proche, qu’il vient à notre aide, qu’on peut compter sur lui, lui faire confiance, qu’il va intervenir… Sachons voir tous ces signes, ces signes par milliers chaque jour, qui manifestent pour nous la Présence et l’Action de Dieu et sachons le remercier… Bien sûr, même si nous sommes trop habitués à ce signe, sachons remercier Dieu pour cette chance inouïe que nous avons de nous nourrir du signe de l’Eucharistie, du Pain Vivant descendu du ciel, du Christ Vivant qui nous fait signe à chaque messe pour dire à tous et à chacun : « Je me donne à toi, à vous, à tous… pour vous nourrir de mon amour, de ma Présence, de ma vie ! » Rendons grâce à Dieu pour tous ses signes quotidiens et pour le signe permanent de l’eucharistie !
Voir les signes quotidiens de Dieu et recevoir régulièrement le signe de l’Eucharistie, c’est bien mais attention : si Dieu nous fait signe c’est pour nous dire son soutien, nous donner la force de son Amour, mais c’est pour nous dire aussi : « change ta vie, change ta conduite… Je viens vers toi pour te faire plaisir, t’aider mais aussi pour te changer, changer ta vie afin que tu vives de ma vie… » Tout signe de Dieu est donc un appel à changer de vie comme le rappelait Paul dans la deuxième lecture : « Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur. Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu dans la justice et la sainteté conformes à la vérité ! »
Voilà le sommet des Mercis à dire à Dieu : merci pour le signes qu’il nous fait et qui nous poussent à changer de conduite pour vivre selon l’Évangile les valeurs et la vie de Dieu. Remercions donc pour nos progrès spirituels, notre transformation morale et spirituelle suscitée par les signes de Dieu et le grand signe de l’Eucharistie !...
Concrètement, chaque soir, en faisant le bilan de notre journée, repérons les deux ou trois signes de Dieu les plus marquants, remercions en le Seigneur et répétons les petits progrès spirituels réalisés pour dire au Seigneur : « Merci Seigneur, aujourd’hui tu m’as aidé à être plus patient, plus bienveillant, plus confiant, plus optimiste, plus joyeux… moins râleur, plus positif, etc… »
 
        Apprenons aussi à remercier les autres, surtout les plus proches. Au lieu de remercier ceux qui nous accompagnent à longueur de journées, qui nous écoutent, nous aident, nous rendent service… nous nous habituons à eux et nous trouvons normal, banal tout ce qu’ils font pour nous. Non, rien n’est normal et rien ne nous est dû : tout ce qu’on nous donne souvent discrètement, reconnaissons-le et sachons remercier. Concrètement, je vous propose un bel exercice spirituel très simple : arriver à dire au moins dix mercis par jour ! Qui n’en n’est pas capable ? Un merci, ça ne coûte rien mais ça fait tellement de bien à qui le reçoit… et à qui le dit. Ne nous en privons pas ! Et ne remercions pas machinalement comme on dit « bonjour, comment ça va » machinalement. Mettons beaucoup de cœur, beaucoup d’amour dans tous nos mercis !
 
·        Enfin apprenons à nous remercier nous-mêmes : ce n’est pas moi qui vous le dis, mais encore une fois les psys :  l’estime de soi passe par là pour eux ! Trop souvent on se dénigre soi-même, on se dévalorise, on ne regarde pas ce qu’on fait de bien, ce qu’on a de bien… du coup on a tendance à déprimer. Renversons cette tendance en sachant voir ce qu’on réussit ou les progrès que nous faisons, et quand c’est le cas pour vraiment nous remercier, osons même nous récompenser comme les psys le recommandent : « Tu as bien travaillé… Tu as beaucoup donné… Tu as fait un beau progrès… Tu mérites une belle sortie, un beau spectacle, un bon repas… etc… » Nous récompenser, nous remercier, c’est en fin de compte nous aimer comme le recommande le grand commandement de la Bible : « Tu aimeras Dieu… et ton prochain comme toi-même… » Oui pour aimer Dieu, aimer notre prochain et nous aimer nous-mêmes, apprenons à remercier Dieu, à remercier notre prochain, à nous remercier nous-mêmes.
 
        Ne jouons plus aux Hébreux qui récriminent et râlent tout le temps, apprenons à remercier pour être de vrais chrétiens qui aiment vraiment !
 
Amen !
Père René Pichon