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18ème Dimanche du Temps Ordinaire - P. Pichon

Si tu le veux, je vais dresser trois tentes. » Au sommet de la montagne du Thabor, face à Jésus transfiguré, Pierre veut dresser la tente, autrement dit il veut rester là, il veut arrêter le temps pour goûter le plus longtemps possible ce moment de plénitude, ce moment d’Éternité qu’il est en train de vivre : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Élie ! »
Comme Pierre, sachons dresser la tente, arrêtez le temps pour goûter ............

Retrouver le texte de l'homélie ICI

 Homélie du 6 Août  2017
18ème dimanche du T.O.
Mt 17, 1-9
 
            « Si tu le veux, je vais dresser trois tentes. » Au sommet de la montagne du Thabor, face à Jésus transfiguré, Pierre veut dresser la tente, autrement dit il veut rester là, il veut arrêter le temps pour goûter le plus longtemps possible ce moment de plénitude, ce moment d’Éternité qu’il est en train de vivre : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Élie ! »
Comme Pierre, sachons dresser la tente, arrêtez le temps pour goûter le plus possible les moments d’Éternité que la vie nous donne parfois la joie de vivre.
            Dans la vie, il y a des moments pénibles où l’on n’en peut plus, des épreuves terribles qu’on traverse et qu’on fait tout pour oublier le plus vite possible. Et il y a des moments un peu vides et creux où rien ne se passe, des moments de routine qu’on subit plus ou moins et qu’on finit par accepter : « ainsi est la vie ». Mais il y a aussi, Dieu merci, de beaux moments, de bons moments, et même des moments de plénitude, d’harmonie avec la nature, avec les autres, avec Dieu, bref des moments d’Éternité. Ne laissons pas filer ces moments à toute vitesse, arrêtons-les, retenons-les. Ce ne sont pas forcément des moments extraordinaires mais ce sont des moments où l’on est sur la montagne, où l’on touche le sommet de la vie, où l’on goûte le meilleur de la vie, où la vie est transfigurée !
 
  • Dressons la tente, arrêtons le temps quand on vit comme Jésus avec Pierre, Jacques et Jean des moments-forts d’amitié, des moments où l’on devient transparent les uns aux autres parce qu’on ose extérioriser notre vérité profonde, ce que l’on est vraiment, les valeurs que l’on vit, la foi qui nous anime. Bien souvent notre amitié est superficielle, on parle avec nos amis de la pluie et du beau temps, de l’actualité, de la banalité quotidienne, osons de temps à autre casser cette glace et communiquer en profondeur sur ce qui nous travaille et nous anime au plus profond de nous-mêmes ; osons comme Jésus le fait,  laisser transparaître notre joie d’être habités par Dieu, par sa Paix, sa Lumière, son Amour. Osons vivre autrement dit de vrais échanges spirituels et quand nous nous sentirons en harmonie spirituelle les uns avec les autres, en communion spirituelle, dressons la tente, arrêtons le temps, goûtons ensemble le plus longtemps possible ce moment d’éternité.
 
  • Dressons la tente, arrêtons le temps quand on vit comme Jésus avec Pierre, Jacques et Jean sur la montagne un moment d’harmonie et de communion spirituelle avec la nature. Pour Jésus la nature n’est pas seulement belle, merveilleuse, objet de contemplation ; elle n’est pas seulement porteuse vers le haut, source d’élévation, source de respiration et d’élévation et tout le monde en a l’expérience : quand on monte au sommet d’une montagne, quelle beauté, que de merveilles à contempler mais surtout comme nos poumons respirent, comme notre cœur s’ouvre et s’élargit, comme notre âme s’élève vers le ciel ! Pour Jésus, la nature c’est cette contemplation, cette élévation mais c’est surtout la communion avec Dieu le Père, le créateur car pour lui Dieu transparaît à travers la montagne, elle devient son visage, et transparaît dans le ciel, dans la nuée qui devient sa voix proclamant : « Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui je trouve ma joie ! » Comme Jésus, ne nous contentons pas d’admirer et de contempler la nature, ne nous contentons pas de nous laisser porter et élever par elle vers le haut, mais voyons en elle le visage de Dieu : recueillons nous, méditons face à elle pour reconnaître qu’elle est habitée, prenons les moyens de ressentir la Présence de celui qui l’habite et mettons-nous en communion spirituelle avec Lui. Alors quand la nature devient pour nous transparente à Dieu, quand on se sent en harmonie, en communion avec Lui à travers elle, arrêtons le temps, restons là à goûter le plus longtemps possible ce moment de plénitude, ce moment d’éternité !
 
  • Dressons la tente, arrêtons le temps quand on vit comme Jésus avec Pierre, Jacques et Jean sur la montagne un moment-fort de prière, un moment de rencontre forte avec Dieu. Dieu est souvent pour nous lointain, parce qu’on ne ressent pas sa présence, parce qu’on ne pense pas à lui, parce qu’on est noyé dans les soucis et les activités de ce monde, parce qu’on ne fait rien ou pas assez pour le rencontrer. Et puis voilà, parfois, on en a tous l’expérience, Dieu se fait proche, se fait ressentir, se donne à nous, il nous fait signe et même il se donne à nous, il devient sensible, presque évident : c’est un moment de grâce. Alors plantons la tente, arrêtons le temps, goûtons ce moment le plus longtemps possible, surtout ne faisons rien d’autre, tout ce qu’on a à faire a bien le temps d’attendre. Faisons alors si j’ose dire le plein de Dieu pour ensuite mieux affronter avec Lui les épreuves que la vie nous réserve.
C’est ce qu’ont su faire Moïse, Élie et Jésus. Moïse a rencontré Dieu solennellement au sommet du Sinaï à travers une mise en scène spectaculaire : le tonnerre, les éclairs, le feu, le tremblement de terre et une lumière tellement éblouissante qu’il devait se voiler le visage. Cette rencontre a été tellement forte que Moïse a planté sa tente sur la montagne pour rester 40 jours en présence de ce Dieu qui lui a dicté les 10 commandements et révélé ce qu’il devait faire pour remplir sa mission de guide du Peuple vers la Terre Promise.
Élie le prophète, lui, a rencontré Dieu d’une manière complètement différente sur la montagne de l’Horeb et c’est le livre des Rois qui nous raconte ce qui s’est passé, comment le temps s’est arrêté pour laisser passer Dieu, ce sera la première lecture de dimanche prochain. : « À l’approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ;
et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre  et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère.  Aussitôt qu’il l’entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne. 
»
            La rencontre de Dieu avec Élie, c’est donc la rencontre intime, silencieuse, profonde.
Comme Moïse, comme Élie, Jésus rencontre Dieu sur la montagne du Thabor à la fois à travers toute une mise en scène spectaculaire et à la fois dans l’intimité la plus profonde. Ce qui est spectaculaire, c’est la transfiguration de Jésus : « son visage devint brillant comme le soleil et ses vêtements, blancs comme la lumière. » ; puis c’est l’apparition de Moïse et d’Élie : « Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui » ; puis c’est l’apparition de la nuée semblable à celle qui a accompagné les Hébreux dans le désert pour signifier la présence et la proximité de Dieu avec son Peuple : « une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ! » Et enfin encore plus extraordinaire, c’est a voix de Dieu qui se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. Écoutez-le » Rencontre spectaculaire de Jésus avec son Père et en même temps très intime, très profonde, très affective même : « celui-ci est mon fils bien-aimé ». C’est aussi spectaculaire que la rencontre de Moïse ave Dieu et aussi intime que la rencontre d’Élie avec Dieu, tout ça pour nous dire que Dieu vient nous rencontrer tous autant les uns que les autres aussi bien dans des manifestations extraordinaires, des signes étonnants par exemple, que dans l’intimité la plus secrète, et la plus silencieuse de notre cœur. Pour rencontrer Dieu soyons donc attentifs à tous les signes plus ou moins extraordinaires qu’il nous fait et en même temps soyons attentifs à la brise légère qui souffle dans notre cœur pour nous révéler la présence intime de Dieu qu’on peut goûter alors dans le recueillement silencieux et le cœur à cœur affectueux avec Lui.
Comme Moïse, comme Élie, comme Jésus, quand Dieu se fait pour nous proche, sensible, presque visible, arrêtons tout, arrêtons le temps, goûtons le plus longtemps possible ce moment d’éternité, et disons comme Pierre au Seigneur : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux je vais dresser trois tentes. »
Durant ce moment de grâce de la Transfiguration, Jésus, Pierre, Jacques et Jean ont fait le plein de Dieu, le plein de lumière, le plein d’amour, le plein de force, ils pourront redescendre de la montagne affronter l’épreuve de la Passion qui les attend. N’hésitons pas nous-mêmes à faire le plein de Dieu quand il se donne à nous, certainement de manière moins spectaculaire et moins forte, mais faisons tout pour goûter le mieux possible et le plus longtemps  possible ces moments d’Éternité car ce sont eux qui vont transfigurer notre vie et nous aider à vivre la banalité quotidienne comme les grandes épreuves.
 
            Oui, dressons la tente, arrêtons le temps quand nous vivons des moments d’harmonie parfaite, de communion intense avec nos amis, avec la nature, avec Dieu. Ce sont de tels moments qui transfigurent notre vie en nous donnant un avant-goût de l’Éternité.
            Amen
 
Père René Pichon