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16ème Dimanche du Temps Ordinaire - P. Pichon

Puisque Jésus nous parle aujourd’hui de semence, du grain, de la graine de moutarde semée dans un champ, je voudrais faire rimer ce mot de semence avec 10 mots en « ence » ou « ance » que nous devons vivre pour enrichir notre vie spirituelle : patience, vigilance, tolérance, ambivalence, bienveillance, prudence, confiance, espérance, influence et puissance.

· Apprenons la patience, nous qui voulons souvent tout tout de suite. Il faut de la patience pour discerner le bien du mal, l’ivraie du bon grain en nous, dans les autres, dans le monde. Avant de dire ..........

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Homélie du dimanche 23 Juillet 2017

Mt 13, 24-48
 
            Puisque Jésus nous parle aujourd’hui de semence, du grain, de la graine de moutarde semée dans un champ, je voudrais faire rimer ce mot de semence avec 10 mots en « ence » ou « ance » que nous devons vivre pour enrichir notre vie spirituelle : patience, vigilance, tolérance, ambivalence, bienveillance, prudence, confiance, espérance, influence et puissance.
 
·        Apprenons la patience, nous qui voulons souvent tout tout de suite. Il faut de la patience pour discerner le bien du mal, l’ivraie du bon grain en nous, dans les autres, dans le monde. Avant de dire : « ça c’est très bien et ça c’est mal », avant de dire surtout : « ces gens-là sont bien ou ces gens-là sont mauvais », prenons beaucoup de temps, laissons pousser, grandir et mûrir tout ce qui pousse en nous, en eux jusqu’à ce qu’on puisse bien distinguer le blé de l’ivraie, le bien du mal, … Et surtout laissons au Maître de la moisson c'est-à-dire à Dieu le soin de décider quand et comment faire le tri. Ne soyons pas pressés, n’allons pas plus vite que Dieu pour trier entre le bien et le mal, les bons et les mauvais, les justes et les pécheurs. Être patient, c’est laisser Dieu faire son travail : c’est lui le juge et non nous.
Apprenons la patience pour voir pousser et grandir ce qu’on a semé dans la vie. Parfois nous nous interrogeons : « la foi et les valeurs que j’ai semées dans ma famille, dans mon milieu de vie, dans la société, dans l’Église, ça ne pousse pas. » Eh bien patience, ça finira par pousser comme la petite graine de moutarde, ça finira par agir avec puissance comme le levain dans la pâte. Patience, patience !
 
·        Apprenons la vigilance : ne soyons pas naïfs ni têtes en l’air : si nous ne veillons pas à tout ce qui se passent en nous et autour de nous, le pire peut arriver sans qu’on y ait prêté attention. « Pendant que les gens dormaient, son ennemi survint, il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla ! » Ne soyons pas des endormis, veillons à ce qui se passe partout et surtout en nous pour ne pas nous laisser détruire par tout ce qui nous veut du mal !
 
·        Apprenons la tolérance : c’est une valeur à la mode dont tout le monde parle mais qu’on confond souvent avec la permissivité ou le relativisme : au nom de la tolérance on met tout sur le même plan, on accepte tout et son contraire et on laisse tout faire ! La vraie tolérance c’est un regard lucide sur le réel, c’est voir et accepter l’ambivalence de toute la réalité, l’ambivalence des choses et des personnes : dans le meilleur acte de générosité il y a toujours un peu d’orgueil et de recherche de soi ; dans le bénévole le plus dévoué, il y a toujours une certaine recherche de pouvoir ou de reconnaissance ; dans le meilleur des croyants, il reste des doutes et même des moments d’oubli de Dieu ; dans les plus grands saints comme Saint Paul il y a une « écharde dans la chair », le mal et le péché sont à l’œuvre et Paul humblement reconnaît son état de faiblesse : « Je ne fais pas le bien que je voudrais et je fais le mal que je ne voudrais pas faire ! Pauvre homme que je suis. » Être tolérant, c’est reconnaître et accepter qu’en tous  et qu’en tout il y a de l’ambiguïté, de l’ambivalence, un mélange de bien et de mal, d’ivraie et de bon grain.
 
·        Apprenons la bienveillance : la bienveillance, c’est voir le bien en nous, dans les autres, dans le monde et ce n’est pas facile car spontanément on voit le mal, le mal nous saute aux yeux au point de ne plus voir que ça. Apprenons donc la bienveillance, à voir le bon grain plutôt que l’ivraie, le bien, le positif plutôt que le mal, le négatif : si on regarde trop l’ivraie, on ne voit plus le bon grain, cherchons donc à voir avant tout le bon grain partout !
 
·        Apprenons la prudence, c’est la première des quatre vertus cardinales avec la justice, la force et la tempérance. La prudence, c’est l’art de faire attention, de ne pas jouer avec le feu, de ne pas prendre trop de risques, d’éviter ce qui est dangereux. Si on prend le risque d’arracher l’ivraie dans un champ de blé, c’est dangereux parce qu’on peut en même temps arracher le blé, soyons donc prudents, attendons qu’il n’y ait plus de risque. Dans toute notre vie, dans notre foi, dans nos engagements, soyons prudents, ne présumons pas de nos forces, ne nous croyons pas plus forts que nous ne sommes, n’essayons pas de faire ce qui est dangereux, ce qui est trop dur pour nous, restons humbles pour faire ce qui est possible au lieu de vouloir faire l’impossible, au risque de s’y perdre !
 
·        Apprenons la confiance et l’espérance : c’est la belle leçon de la parabole de la graine de moutarde : « C’est la plus petite de toute les semences, mais quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches ! » Confiance donc : tout ce qu’on sème, et surtout nous les chrétiens, tout ce qu’on sème dans la foi  pour faire grandir le Royaume de Dieu, tout cela finira par pousser, grandir et devenir le grand arbre du Royaume de Dieu où viendront nicher tous les hommes de la terre. Confiance et espérance : le Royaume de Dieu, ce n’est pas « peut-être », c’est sûr, c’est aussi sûr que la Résurrection du Christ qui a déjà eu lieu. Puisque le Royaume de Dieu viendra, que cette espérance nous motive, nous stimule, nous donne courage, force, élan, enthousiasme pour vivre les valeurs de l’Évangile et les semer autour de nous par nos paroles, notre exemple, notre témoignage, nos engagements. Il y a 2000 ans, les premiers apôtres n’étaient que douze et pourtant ils ont été cette graine qui a poussé, grandi et est devenue l’Église Universelle présente dans tous les pays du monde. Avec confiance, avec espérance, prenons dons notre part de travail pour semer l’Évangile partout où nous sommes en étant sûrs qu’un jour le Royaume de Dieu viendra sur notre terre et que sur ses branches se poseront tous les hommes qui par leur vie auront dit oui à ce que Dieu attendait d’eux.
 
·        Apprenons enfin à croire à notre influence et à la puissance de Dieu agissant dans le monde et dans l’histoire ! C’est la leçon de la toute petite parabole du levain dans la pâte : « Le Royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine jusqu’à ce que toute la pâte ait levé ! » Nous avons,  nous chrétiens à être le levain de la pâte humaine : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde » nous a dits Jésus « … », Allez, je vous envoie jusqu’aux extrémités de la terre… De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ! »
Voilà donc notre mission : nous élever jusqu’à Dieu en élevant vers lui le monde par nos paroles, notre exemple, notre influence, nos actes, et faire lever ainsi la pâte humaine pour qu’elle devienne le bon pain du Royaume de Dieu. Cette mission d’élévation de l’humanité peut nous sembler impossible, au-dessus de nos forces et elle l’est en effet ! Mais le Christ est avec nous et c’est sa puissance qui est à l’œuvre à travers nous. Alors croyons que si nous sommes le levain c’est  grâce à lui. Laissons-le agir en nous et à travers nous ; faisons-lui confiance et gardons l’espérance que notre influence, grâce à Dieu, peut-être plus puissante qu’on ne l’imagine. Et puis pour être levain dans la pâte, aimons, aimons les autres, aimons l’humanité, aimons la vie, aimons le monde. Le monde n’est pas mauvais, la vie n’est pas mauvaise, certes il y a partout de l’ivraie et du bon grain mais le bon grain finira par l’emporter, le bien finira par triompher ; ne jugeons donc pas le monde, ne condamnons pas, ne soyons pas inquiets ni pessimistes, mais aimons avec patience, vigilance, tolérance, bienveillance, confiance et espérance : aimons, et la moisson sera abondante dans le Royaume qui vient.
Amen
Père René Pichon