Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

Document Actions

16ème Dimanche du Temps Ordinaire - P. Pichon


Faire une homélie c’est faire le lien entre l’Évangile et l’actualité. Or aujourd’hui après l’actualité de cette semaine, un mot de l’Évangile m’a sauté aux yeux : « la foule » ! : « Jésus vit une grande foule » nous dit Saint Marc ! Et pour nous, tous les journaux et tous les médias tout au long de la semaine ont insisté sur la foule incroyable qui a fêté la victoire de l’équipe de France de foot aux championnats du monde dans toutes les villes de France. La foule, est-ce un bien ou est-ce un mal ? Faut-il rejoindre la foule ou la fuir ? Pour répondre je voudrais réfléchir avec vous : quel sens a la foule, à quoi sert-elle autrement dit ? Quels sont ses besoins ? Quel rapport avoir avec elle ?

• La foule valorise les choses, les personnes, les lieux, les événements, les actions : plus il y a de monde pour voir quelque chose, un concert, un monument, un musée, une exposition, un match…, plus il y a de monde pour applaudir une vedette, un artiste, un champion, ..............

 Retrouver le texte de l'homélie ICI

Homélie du dimanche 22 juillet  2018
Mc 6, 30-34
 
            Faire une homélie c’est faire le lien entre l’Évangile et l’actualité. Or aujourd’hui après l’actualité de cette semaine, un mot de l’Évangile m’a sauté aux yeux : « la foule » ! : « Jésus vit une grande foule » nous dit Saint Marc ! Et pour nous, tous les journaux et tous les médias tout au long de la semaine ont insisté sur la foule incroyable qui a fêté la victoire de l’équipe de France de foot aux championnats du monde dans toutes les villes de France. La foule, est-ce un bien ou est-ce un mal ? Faut-il rejoindre la foule ou la fuir ? Pour répondre je voudrais réfléchir avec vous : quel sens a la foule, à quoi sert-elle autrement dit ? Quels sont ses besoins ? Quel rapport avoir avec elle ?
 
         La foule valorise les choses, les personnes, les lieux, les évènements, les actions : plus il y a de monde pour voir quelque chose, un concert, un monument, un musée, une exposition, un match…, plus il y a de monde pour applaudir une vedette, un artiste, un champion, un homme politique… ou le pape lui-même… plus un lieu attire du monde… plus un événement ou une action, voire une célébration mobilise du monde, plus on va dire : c’est magnifique, c’est exceptionnel, c’est grandiose. Quand il n’y a personne ou très peu de gens, même si ce qui est fait est bien, on va relativiser et dire que c’est en fin de compte banal ! Plus il y a de monde, plus on dit que c’est exceptionnel ! Si Jésus n’avait pas de son vivant attiré autant de monde, si aujourd’hui il n’attirait pas encore des millions, des milliards de croyants, il resterait ce qu’il est, le Fils de Dieu fait homme, mais on ne lui donnerait pas autant de valeur, autant d’importance. La foule donne donc de la valeur !
 
         La foule donne de la valeur à tout et souligne l’extraordinaire de certaines choses, de certaines personnes, de certains lieux, de certains évènements, de certaines actions : plus c’est extraordinaire et plus il y a de la foule pour le voir et le célébrer. Si Jésus a attiré autant de monde, c’est bien sûr à cause de sa parole, de son message, de son charisme mais c’est surtout à cause de ses miracles, de sa puissance extraordinaire qui guérissait les malades, expulsait les démons, ressuscitait les morts, multipliait les pains et les poissons etc… Pour rassembler les foules, il faut de l’extraordinaire, Jésus le savait bien et il ne s’est pas privé d’utiliser son pouvoir extraordinaire pour rassembler le plus de monde possible même si en même temps il invitait les gens à se convertir, à changer de vie, au lieu de se contenter de l’applaudir et de l’acclamer.
 
         Mais le plus grand intérêt de la foule, son sens le plus profond, c’est à mon avis de créer ce qu’on appelle « l’ambiance » c’est-à-dire une communion avec les autres, une communion fraternelle qui tend à l’universel en faisant tomber les barrières de l’âge, de sexe, de culture, de race, de religion, de condition sociale, etc… L’homme a besoin de temps à autres de se sentir membre d’un Peuple, d’une humanité où l’on est avant tout frères les uns des autres ! Voilà pourquoi dimanche dernier il y a eu autant de monde dans nos rues : cette communion est peut-être superficielle, passagère mais elle fait du bien. Et même si elle mériterait d’être approfondie et travaillée, on ne doit pas la mépriser car pour nous chrétiens elle révèle l’aspiration profonde du cœur humain et notre destinée à tous. Pourquoi sommes-nous sur terre ? Pourquoi la vie, pourquoi la mort ? la Bible nous répond en nous disant que nous sommes faits pour vivre éternellement la grande communion des saints que l’apocalypse de Saint Jean nous fait entrevoir chaque année à la Toussaint : « J’ai vu une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de tous nations, tribus, peuples et langues. » C’est ça l’Éternité : une communion universelle éternelle !
 
         La foule donne de la valeur, met en valeur l’extraordinaire, crée une « ambiance », une communion, enfin elle est une force, une force d’affirmation, de protestation et de proposition. Quand des milliers de personnes se rassemblent pour protester contre un attentat terroriste ou un crime odieux, cette protestation a d’autant plus de force que la foule est nombreuse. Quand des milliers, des millions de croyants se rassemblent dans des lieux de pèlerinage ou autour du pape, la foi devient une force, une force qui s’affirme, une force qui propose une autre vie, une autre vision du monde, une autre espérance pour tous !
 
         La foule, c’est donc quelque chose de bien, voulue par Dieu, aimée de Jésus, à condition bien sûr de ne pas en être prisonnier, de n’être pas un mouton dans le troupeau qui suit les autres sans réfléchir, à condition de garder notre personnalité, à condition de prendre nos distances de temps à autres, de nous mettre à l’écart pour rester nous-mêmes, et c’est ce que Jésus nous dit au début de l’Évangile de ce dimanche : « Venez à l’écart dans un endroit désert et reposez-vous un peu. » Se mettre à l’écart, aller au désert, se reposer, c’est prendre les moyens de rester nous-mêmes, avec notre personnalité propre, notre vocation unique !
 
         De quoi a besoin la foule ?
De communion, nous venons de le dire, mais aussi, si on étudie l’attitude de Jésus face aux foules, de deux autres choses : d’enseignement et de guide ! « En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors il se mit à les enseigner longuement. » Quand on voit une foule à un endroit, que ce soit dans un stade, à un concert, dans une manifestation, dans une foire, dans un lieu de pèlerinage, etc… on se dit : « Mais qu’est-ce qu’ils cherchent tous : pourquoi sont-ils là ? Qu’est-ce qu’ils attendent, désirent ?... » Enseigner c’est répondre à ces questions, c’est dire aux gens, aux foules : « ce que vous cherchez vraiment au fond de vous, c’est de donner du sens à votre vie… Eh bien voilà le sens de la vie : c’est Dieu, c’est de trouver Dieu. »  Voilà l’enseignement de Jésus et ce que nous devons dire nous-mêmes à notre manière aux gens, à la foule.
Dire le sens de la vie, c’est bien, mais conduire vers la vraie vie, la vie avec Dieu, c’est mieux et c’est cela être un guide. Un guide conduit sur le bon chemin par sa présence, ses conseils, son exemple, ses encouragements et même en donnant sa vie comme un bon berger. Des mauvais guides, des guides dangereux, des faux bergers, il y en a toujours eu : avec leurs talents de tribuns ou de meneurs d’hommes ils ont attiré les foules à leur suite, l’histoire nous donne plein d’exemples de dictateurs, de gurus, de faux-prophètes qui ont attiré des peuples entiers vers la catastrophe. Une foule, surtout une foule bien chauffée, bien fanatisée, c’est bien mais c’est dangereux : elle peut vite tomber dans le pire suivant les meneurs qui la prend en mains, et c’est malheureusement souvent le cas dans les rassemblements mal cadrés. Essayons donc d’être nous-mêmes de bons guides, de bons pasteurs pour les autres et soutenons, valorisons les bons guides qui mènent les foules aujourd’hui, les bons chefs d’états, les responsables d’organisations humanitaires, d’associations de solidarité, de mouvements pour la justice et la paix, les hommes spirituels qui invitent à la vie intérieure, les chefs religieux qui rappellent à l’homme que le bon chemin à suive ensemble est celui qui conduit à Dieu !...
 
         La foule c’est donc bien mais ça peut-être vite dangereux, Jésus en sait quelque chose, lui qui le jour des Rameaux a été acclamé par la foule à Jérusalem et qui trois jours plus tard l’a entendue crier : « À mort ! À mort ! »  Comment donc nous comporter par rapport aux foules ? En faisant ce que Jésus a fait lui-même : il a su alterner le bain de foule et la distance. En présence de la foule qui se pressait vers lui il a accepté d’être en communion avec elle mais en se laissant toucher par ses vrais besoins, le besoin d’être enseignée, d’être éclairée, et le besoin d’être guidée ; il s’est laissé toucher au point d’être « saisi de compassion ». N’ayons donc pas peur de la foule et de prendre des bains de foule notamment en vacances où l’on va aller peut-être dans le lieux où il y a beaucoup de monde, faire des visites que beaucoup font ! Mais ne nous laissons jamais emporter par des mouvements de foule : au milieu de la foule goûtons la communion de vibrer à l’unisson des autres devant un beau spectacle par exemple mais prenons du recul pour être nous-mêmes « saisis de compassion », c'est-à-dire pour ressentir les vrais besoins, les vraies aspirations, voire les souffrances des masses qui se rassemblent ici ou là. Communion, compassion et enfin distance. Comme Jésus le demande à ses apôtres, sachons de temps à autre, mettre de la distance entre la foule et nous, sachons nous mettre à l’écart, au désert, sachons nous reposer en prenant des moments seul à seul avec nous, seul à seul avec Dieu !
Amen
 

Père René PICHON