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12 dimanche du T.O. P. René Pichon

Fête de St Jean Baptiste
Combien valez-vous ? Quelle est votre valeur ? Quel est votre prix ?
C’est la question que vous devez vous poser après la lecture du livre d’Isaïe qui nous disait tout à l’heure : « Oui, j’ai de la valeur, j’ai du prix aux yeux du Seigneur ! » Isaïe osait cette affirmation alors qu’il était en plein doute sur lui-même, qu’il estimait avoir tout raté, qu’il estimait être nul, sans valeur : « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces. » Ça nous arrive à tous de douter de nous, de penser qu’on ne vaut rien, surtout lorsque nous subissons de graves échecs. Ça nous arrive aussi de nous surestimer, de penser qu’on est au-dessus des autres, qu’on est meilleur que les autres et que les autres sont nuls. Alors comment mesurer notre juste valeur ?

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Homélie du dimanche 24 Juin  2018

Is 49, 1-6

Lc 1, 57-66, 80

 

            Combien valez-vous ? Quelle est votre valeur ? Quel est votre prix ?

            C’est la question que vous devez vous poser après la lecture du livre d’Isaïe  qui nous disait tout à l’heure : « Oui, j’ai de la valeur, j’ai du prix aux yeux du Seigneur ! »  Isaïe osait cette affirmation alors qu’il était en plein doute sur lui-même, qu’il estimait avoir tout raté, qu’il estimait être nul, sans valeur : «  Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces. » Ça nous arrive à tous de douter de nous, de penser qu’on ne vaut rien, surtout lorsque nous subissons de graves échecs. Ça nous arrive aussi de nous surestimer, de penser qu’on est au-dessus des autres, qu’on est meilleur que les autres et que les autres sont nuls. Alors comment mesurer notre juste valeur ?

            Notre valeur n’est pas notre valeur marchande : nous ne sommes pas des footballeurs qui se vendent et s’achètent à coup de millions d’euros.

            Notre valeur n’est pas notre valeur chronométrée : nous ne sommes pas des sportifs réduits à leur performance mesurée au centième de seconde près.

            Notre valeur n’est pas notre valeur économique : nous ne sommes pas des P.D.G. de grandes entreprises qui licencient leur patron à coup de millions d’euros.

            Notre valeur n’est pas notre valeur médiatique : nous ne sommes pas des animateurs d’émissions de télé qui mesurent leur valeur à leur audimat.

            Notre valeur n’est pas notre valeur politique comme celle des hommes politiques qu’on évalue en fonction de leur hausse ou de leur baisse dans les sondages d’opinion.

            Notre valeur n’est même pas notre valeur relationnelle : ce n’est pas parce que nous sommes bien vus, bien estimés, que nous avons une réelle valeur.

            Notre vraie valeur, notre seule vraie valeur, c’est celle que nous avons aux yeux de Dieu, c’est celle qui nous fait dire comme Isaïe : j’ai du prix aux yeux du Seigneur.

            Quel est donc ce prix ?

 

·         Notre vraie valeur, c’est celle de notre cœur, c’est notre capacité à aimer, à aimer Dieu,  à aimer notre prochain, à nous aimer nous-mêmes selon le grand commandement : « Tu aimeras Dieu… Tu aimeras ton prochain comme toi-même… » Plus nous vivons dans l’amour, plus nous avons du prix aux yeux du Seigneur. Sans amour, nous avons beau être les plus riches, les plus forts, les plus puissants, les plus savants et même les plus croyants du monde… nous ne sommes rien, nous ne valons rien et c’est St Paul qui le dit très bien dans son hymne à l’amour, la page du Nouveau Testament la plus connue et la plus appréciée  même par les incroyants : « J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. »

Pour avoir de la valeur aux yeux de Dieu, ne cherchons pas à imiter les stars, les vedettes, les champions, les puissants de ce monde, les riches, et tous ceux qu’on médiatise à qui mieux-mieux, cherchons à aimer, à aimer toujours mieux, à aimer comme Jésus en donnant tout comme lui qui nous a dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie à ceux qu’on aime. »

 

·         Notre vraie valeur, c’est notre capacité à aimer et c’est d’être aimés personnellement de Dieu qui nous a créés pour être uniques. Ce qu’Isaïe affirme dans la première lecture nous pouvons l’affirmer nous-mêmes : « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom… Il m’a dit : tu es mon serviteur… en toi je manifesterai ma splendeur… Maintenant, le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur… C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre… »

Pour mettre en valeur notre vraie valeur, celle que Dieu nous donne, osons donc être uniques, osons être nous-mêmes, osons affirmer et donner aux autres notre différence, toutes nos différences qui nous rendent uniques. Ne cherchons pas à être comme tout le monde, à faire comme tout le monde, à être des numéros dans la masse anonyme, à être un maillon banal dans la chaîne humaine, à reproduire le modèle familial que nos proches souhaitent ou à reproduire le modèle social que notre société attend : soyons comme Jean-Baptiste ce que Dieu souhaite pour nous, même si notre entourage ne comprend pas nos choix et notre manière d’être. À la naissance de Jean-Baptiste ses voisins et sa famille voulaient l’appeler du nom de son père Zacharie comme cela se faisait pour tous les premiers-nés de l’époque parce qu’ils étaient, pensait-on, destinés à continuer la tradition familiale. Elisabeth et Zacharie tranchent en choisissant la rupture avec la tradition : « Non, il s’appellera Jean » dit sa mère, « Jean est son nom » écrit son Père, parce que c’est Dieu qui a choisi ce prénom et qui souhaite que Jean soit ce qu’il veut qu’il soit et non ce que sa famille veut pour lui. Notre vraie valeur, comme celle de Jean, est d’être ce que Dieu veut que nous soyons, uniques à ses yeux, apportant notre différence aux autres !

 

·         Notre vraie valeur enfin, c’est celle de remplir la mission que Dieu nous confie dès notre naissance. Nous ne sommes pas Isaïe, nous ne sommes pas Jean-Baptiste, et pourtant, à notre petite place, nous avons une mission à remplir, celle d’être une lumière pour les autres comme Isaïe, celle d’être comme Jean-Baptiste la voix qui crie aux autres : « Préparez la route au Seigneur… » Oui par notre parole, par notre exemple, par nos actions et nos engagements, par notre témoignage, nous devons donner aux autres l’envie de rencontrer Jésus, de s’ouvrir à lui, d’être sauvés, portés, transformés par lui. Jean-Baptiste humblement répète aux gens qu’il rencontre et à tout le Peuple de Dieu : « Il vient derrière moi celui qui est plus puissant que moi et je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales !... Préparez les chemins du Seigneur, rendez droits ses sentiers… » Voilà notre vraie valeur : celle d’être des témoins du Christ qui invitent les autres à l’accueillir dans leur vie.

Cette mission peut nous sembler difficile, impossible, au-dessus de nos forces : comment dans notre monde indifférent, matérialiste, si loin de Dieu, donner l’envie aux autres de préparer la route au Seigneur pour qu’il vienne dans leur vie, la transforme radicalement ? La question de Dieu et du Christ est tellement loin de la préoccupation des gens d’aujourd’hui, c’est le dernier de leurs soucis. Leurs préoccupations à tous dans notre société sont celles que j’évoquais tout à l’heure : être riches, performants, médiatisés, puissants, admirés, réputés, etc… Parler de Dieu et du Christ, c’est ringard, rabat-joie, dépassé, impossible donc ! Comment dans ce contexte remplir notre mission pour avoir du prix aux yeux de Dieu ?

C’est encore Isaïe qui nous donne la réponse quand il nous dit : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur » car il ajoute tout de suite après : « C’est mon Dieu qui est ma force ! » Pour remplir notre mission comme Isaïe, comme Jean-Baptiste, ne comptons sur nos forces mais sur la force de Dieu, cette force dont il nous nourrit à chaque eucharistie par la communion.

           

Oui à chaque eucharistie, disons, redisons au Seigneur : « J’ai du prix à tes yeux… car je suis, selon ta volonté, unique, car j’ai selon ta volonté, une mission à remplir sur cette terre au milieu de mes proches… Pour que ma valeur soit réelle, pour que j’aie le prix que tu veux me donner, donne-moi Seigneur ta force, la force de ton amour. En aimant comme tu aimes, je serai vraiment moi-même et je remplirai vraiment ma mission. Mon prix, c’est donc celui de ta force, de la force de ton amour que tu me donnes pour rester toujours moi-même au service de la mission que tu me confies ! »

Amen

Père René Pichon