Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

Document Actions

11e dimanche du T.O. Père René Pichon

L’Évangile de ce dimanche répond bien à la question que nous nous posons tous régulièrement : « tout ce que j’ai fait, à quoi ça a servi ? J’ai travaillé, j’ai beaucoup donné, j’ai beaucoup semé mais quels sont mes résultats, quelle est ma récolte ? Tout ce que j’ai semé, est-ce que ça a poussé et grandi ? »
La réponse de l’Évanle est claire et nette : Oui, ça pousse et ça grandit dit Jésus qui nous dit : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit… d’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille puisque le temps de la moisson est arrivé… »
Donc confiance et même espérance, grande espérance : non seulement ce qu’on a semé finira par pousser mais par grandir au-delà de ce qu’on espère : « Le règne de Dieu… est comme une graine de moutarde, quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères… »

Téléchargez l'homélie ici

 

Homélie du dimanche 17 juin 2018

Mc 4, 26-34

Rm 4.18

 

            L’Évangile de ce dimanche répond bien à la question que nous nous posons tous régulièrement : « tout ce que j’ai fait, à quoi ça a servi ? J’ai travaillé, j’ai beaucoup donné, j’ai beaucoup semé mais quels sont mes résultats, quelle est ma récolte ? Tout ce que j’ai semé, est-ce que ça a poussé et grandi ? »

            La réponse de l’Évanle est claire et nette : Oui, ça pousse et ça grandit dit Jésus qui nous dit : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit… d’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille puisque le temps de la moisson est arrivé… »

            Donc confiance et même espérance, grande espérance : non seulement ce qu’on a semé finira par pousser mais par grandir au-delà de ce qu’on espère : « Le règne de Dieu… est comme une graine de moutarde, quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères… »

·         Confiance pleine d’espérance, mais attention, Jésus précise une chose capitale : tout pousse, tout finit par pousser mais « on ne sait comment » : « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment ! » Si parfois nous sommes dans le doute et le pessimisme, dans le découragement et l’amertume au vu de nos résultats, c’est parce qu’on voudrait savoir comment pousse et va pousser ce qu’on a semé : or cela ne nous appartient pas, mais appartient à Dieu.

Acceptons donc de ne pas savoir comment pousse ce qu’on a semé, autrement dit, pour employer une expression très à la mode aujourd’hui, acceptons de « lâcher prise » pour rester dans la confiance et l’espérance ! Le semeur, une fois son travail fait, lâche prise : il fait confiance à la nature pour faire pousser et grandir ce qu’il a semé. Eh bien nous aussi, faisons notre travail de semeurs dans notre famille, dans notre société, dans notre Église et dans notre monde, et une fois notre travail fait, au lieu de nous inquiéter ou de nous lamenter parce que ça ne pousse pas comme on voudrait, lâchons prise, remettons tout entre les mains de Dieu et dans la confiance pleine d’espérance laissons-le faire pousser et grandir ce qu’on a semé comme il le voudra, quand il le voudra.

 

·         Acceptons de ne pas savoir comment pousse ce que nous avons semé dans nos enfants, nos petits-enfants, nos familles et tous nos proches. Par la parole et par l’exemple, par nos engagements et nos responsabilités, nous avons semé des valeurs, des convictions, notre idéal de vie et notre foi. Et nous constatons qu’à première vue ça n’a pas poussé : beaucoup de ceux que nous avons éduqués, à qui nous avons beaucoup donné pour les éduquer, ne suivent pas le même chemin de vie et de foi : « Mes enfants ne fréquentent plus l’Église, ne pratiquent plus… Mes petits-enfants ne sont pas baptisés… Mes proches ont fait des choix de vie complètement différents des miens et de ceux que je souhaitais pour eux. Personne dans ma famille ne s’est marié à l’Église et beaucoup se sont déjà séparés de leur conjoint… etc… etc… » Toutes ces réflexions je les entends régulièrement, chaque jour même. Que faire ? Surtout ne pas nous lamenter sans cesse, ruminer tous ces échecs, nous remettre en cause ou nous culpabiliser en disant : « J’aurais pu, j’aurais dû… » Non si on a fait tout ce qu’on croyait bien de faire, continuons de faire tout ce qu’on croit bien… et après lâchons prise, faisons confiance : tout ce qu’on a semé finira par pousser peut-être autrement que ce qu’on prévoyait, après beaucoup plus de temps que ce qu’on souhaitait ! En attendant acceptons de ne pas savoir comment ça pousse mais pour garder le moral, ouvrons quand même les yeux, regardons de près les graines de moutarde, les semences minuscules qui commencent à germer chez nos proches, leurs petites valeurs, leurs petits gestes, leurs petits actes de foi ponctuels qui peuvent alimenter et nourrir notre confiance et notre espérance !

 

·         Acceptons de ne pas savoir comment pousse ce que nous avons semé dans la société et dans le monde. Avec tant et tant d’hommes de bonne volonté engagés dans des associations, des clubs, des mouvements, des partis, des syndicats nous nous sommes engagés pour faire bouger nos sociétés pour qu’il  y ait plus de justice, plus de solidarité, plus de fraternité, plus de paix… et nous constatons malheureusement que l’individualisme et le communautarisme grandissent et détériorent  les rapports sociaux, que les riches sont toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, que de plus en plus de gens n’arrivent plus à suivre le rythme de nos sociétés, qu’il y a de plus en plus d’exclus, de laissés pour compte dans le monde entier… Et nous constatons surtout que la paix et la fraternité espérées sont mises en ruines par le terrorisme, la violence, la guerre, l’agressivité, la loi de la jungle… Où est ce monde nouveau que le progrès et l’idéologie du progrès nous faisaient espérer le siècle dernier où on espérait fermement que le progrès scientifique et technique allait entraîner le progrès social, le progrès humain et même le progrès moral et spirituel ?

Eh bien, malgré toutes ces raisons d’être inquiets, pessimistes et même désespérés, « espérons contre toute espérance » comme notre père Abraham, selon la parole de Paul, espérons en acceptant de ne pas savoir comment pousse tout le bien qui a été semé mais en sachant, c’est notre foi, que le Royaume de Dieu, se construit chaque jour et pousse dans ce monde tel qu’il est, en sachant que Dieu écrit droit avec nos lignes courbes, en sachant que rien n’est impossible à Dieu même si nous ne comprenons pas comment sa puissance agit. Restons fidèles à nos engagements, continuons à semer le bien, le beau, le bon, le vrai avec tous les hommes de bonnes volonté et lâchons prise en remettant ce monde entre les mains de Dieu. Parallèlement, pour garder le moral, ouvrons les yeux pour voir les petites graines de moutarde qui poussent partout, les élans de solidarité, les gestes de fraternité, les avancées parfois inattendues vers la réconciliation et la paix, les réformes de toute sorte pour plus de justice même si on aimerait beaucoup plus… Lâchons prise dans la confiance en l’homme et l’espérance du Royaume de Dieu en ce monde ; lâchons prise non en nous bouchant les yeux pour ne pas voir ce qui va mal mais en les ouvrant pour voir ce qui va bien et qui finira par devenir un grand arbre abritant de son ombre le monde entier.

 

·         Enfin, acceptons de ne pas savoir comment pousse et grandit l’Église qu’avec le concile Vatican II on espérait tous. Prêtres, laïcs, religieux nous nous sommes tous engagés ces dernières années pour bâtir une Église ouverte sur le monde, une église joyeuse et festive, une église spirituelle et sociale au service d’un monde meilleur, une Église moderne capable d’évangéliser une société sécularisée et laïcisée… Et voilà que cette Église qu’on voulait rayonnante, cette Église qui était autrefois un grand arbre couvrant de son ombre et de son influence toute la société chrétienne, voilà que cette grande et puissante Église est devenue un petit arbre rabougri, vieillissant, desséché dans beaucoup d’endroits, beaucoup de nos villages, de nos villes. Que faire ? Eh bien, continuer d’y croire, de faire ce qu’on a fait ces dernières années, continuer nos engagements, nos responsabilités, nos actions, nos animations, nos catéchèses, nos enseignements, nos célébrations, continuer même si nous sommes devenus un petit reste, surtout si nous sommes devenus un petit reste.  En effet dans toute la Bible, dans toute l’histoire du Peuple de Dieu, à chaque fois qu’après des sommets de rayonnement il est devenu un pauvre petit reste, à chaque fois il est reparti, il a repoussé, il s’est remis à grandir en redevenant plus spirituel, plus centré sur Dieu, plus confiant en Dieu, plus abandonné à Dieu. Faisons pareil : pour que l’Église redevienne un grand arbre en notre monde, continuons nos engagements bien sûr mais ne croyons pas que c’est nous qui ferons grandir l’Église, croyons que c’est Dieu qui la fera grandir, à partir de nos petits actes peut-être, mais avec la puissance de son amour, par les moyens qu’il voudra et comme il le voudra. Nous, nous sommes actuellement le petit reste, la petite graine de moutarde, la semence d’une Église autre pour un monde autre : à Dieu de nous faire pousser et grandir on ne sait comment. Faisons-lui confiance et gardons l’Espérance en sachant ouvrir les yeux sur tout ce qui anime, vivifie, purifie, fait grandir et fait espérer le petit reste que nous sommes. Oui c’est nous la petite graine de moutarde promise à la plus belle des croissances, confiance donc, confiance pleine d’espérance.

Amen !

Père René Pichon